NDLR: Notre journaliste Simon Delattre est allé à la rencontre de Néo-Brunswickois qui ont fait de la protection des animaux leur métier ou leur grande passion. Nous vous présenterons ses découvertes chaque mardi et mercredi jusqu’à la fin du mois.

Secourir des animaux de la ferme pour leur offrir une vie digne et les protéger de toute forme d’exploitation, c’est la mission que se sont données Tim et Jamie, installés depuis peu au Nouveau-Brunswick. À leurs yeux, tout animal a droit à la même compassion, peu importe son espèce.

L’été dernier, le couple a quitté l’Ontario pour acquérir un ancien terrain de golf à Cody’s, à mi-chemin entre Moncton et Fredericton, et y créer Lily’s Place Animal Sanctuary, une ferme pas comme les autres. On y recueille des animaux abandonnés, maltraités, ou sauvés d’élevages industriels.

«C’est un endroit où les animaux peuvent vivre librement, à l’abri de la violence ou de l’exploitation, décrit Tim. Nous avons une trentaine d’animaux et nous essayons de les traiter aussi bien que les gens traitent leur chien.»

Pas question pour lui et sa compagne de vendre les œufs des poules, la laine des moutons ou le lait des chèvres. Pas question de manger leur viande. Ils refusent aussi l’insémination, l’achat ou la vente de leurs résidents «pour ne pas contribuer financièrement à un système qui crée de la souffrance animale».

«Ce que nous faisons est contre-culturel. Nous essayons de normaliser le fait d’avoir des animaux de ferme sans faire d’élevage», exprime Jamie.

«Les fermiers nous voient comme une menace pour leur gagne-pain, donc les relations ne sont généralement pas très amicales.»

Dans les élevages, les animaux handicapés ou blessés sont généralement euthanasiés. Les propriétaires du sanctuaire, eux, s’assurent que leurs protégés finissent leurs jours de façon naturelle. Peu importe le prix.

«Selon nous, il n’y a pas de façon humaine de tuer un animal qui ne veut pas mourir», fait valoir Tim.

Âgée de 30 ans, la jument Tardy suit plusieurs traitements pour soigner ses ulcères et prend un anti-inflammatoire quotidien pour ses problèmes d’arthrite. Si un mouton tombe malade, il recevra des antibiotiques et des médicaments contre la douleur. La moitié des poules ont obtenu un implant hormonal afin de stopper la ponte et de prolonger leur durée de vie.

Le couple, qui tire ses revenus de leur commerce en ligne, en consacre une bonne partie aux soins vétérinaires et travaille sur leur ferme près de quatre heures par jour.

«Les gens pensent que nous sommes fous de consacrer autant de notre vie à ces animaux, s’amuse Jamie. Nous avons une très petite base de donateurs qui permet de payer le grain, mais ça ne couvre que 15% des dépenses.»

Les propriétaires connaissent bien chacun des pensionnaires, qui ont tous leur personnalité bien à eux, et ont développé avec eux une relation de confiance. Chaque animal a droit à sa biographie sur le site internet du sanctuaire, et les donateurs sont invités à les parrainer.

On y découvre par exemple l’histoire de Sid, un agneau âgé de deux semaines à la patte cassée qui a pu éviter l’abattoir après qu’un employé de la ferme lui a trouvé une place dans un sanctuaire.

Les poules, issues d’un élevage intensif, leur sont arrivées en triste état.

«Elles étaient placées sous la lumière 24h sur 24, coincées à six ou huit dans de petites cages. Il leur manquait beaucoup de plumes et leurs pattes étaient malformées car elles se tenaient sur du grillage. Elles étaient incapables de sauter parce qu’elles n’avaient jamais pu bouger ou étirer leurs ailes. Ça leur a pris deux ans pour se remettre sur pied», raconte Tim.

Pour lui, toute espèce a droit aux mêmes soins. Il rappelle que des tests sur le quotient intellectuel des cochons ont prouvé que leur intelligence pouvait être supérieure à celle des chiens.

«Et pourtant nous les traitons tellement mal. Nous ne laisserions jamais notre chien dans un enclos minuscule, couvert de ses propres excréments?»
Deux autres sanctuaires végans existent dans les provinces. Les propriétaires de Lily’s Place espèrent que d’autres les imiteront et que leurs convictions sur le bien-être animal deviendront un jour majoritaires.

«Si les animaux étaient considérés comme des individus qui ont des sentiments, qui ont peur, qui ne veulent pas se sentir stressés, alors beaucoup de choses changeraient.»

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