Cet été, des personnalités acadiennes nous présentent la petite communauté du Nouveau-Brunswick où se trouve leur maison ou leur origine. Pierre Robichaud accompagne l’Acadie Nouvelle à Aldouane, son petit coin tranquille au nord du comté de Kent.

Aldouane est la «banlieue» de Richibucto pour Pierre Robichaud. Cette municipalité paraît en effet urbaine avec ses 1300 habitants, à côté du District de service local (DSL) qui en compte 900. C’est d’ailleurs dans la ville que le guide choisit de commencer sa visite, à la Galerie d’art du tchai.

«Il y a plein d’artistes acadiens qui y exposent», fait valoir le membre du groupe 1755.

Le membre du groupe 1755, Pierre Robichaud dans la Galerie du tchai à Richibucto. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

La copropriétaire de l’endroit, Rose-Marie Bernaquez le confirme en montrant des toiles et des photos d’Yves Saulnier, Gisèle Ouellette, Julie Caissie, Herménégilde Chiasson, etc.

«J’essaye d’encourager les artistes à vendre leurs œuvres et de promouvoir les arts du Nouveau-Brunswick», déclare celle qui est également chanteuse et musicienne.

Elle est arrivée à Richibucto en 2019 avec son compagnon.

«J’aime beaucoup, beaucoup vivre ici, témoigne Mme Bernaquez en admirant la vue sur le quai du premier étage de l’ancien palais de justice. Il y a la plage, la pêche, les gens sympathiques. Le seul problème, c’est que je ne trouve pas tout ce que je veux à l’épicerie.»

M. Robichaud fait remarquer qu’un magasin tenu par des Asiatiques propose des produits de leur culture. Il admet en revanche que les merguez lui manquent, après ses 33 ans passés à Montréal. Il lui faudra attendre des immigrants nord-africains.

Il y a entre 1 et 3% de nouveaux arrivants à Richibucto et Aldouane. La grande majorité de la population de l’endroit est acadienne.

«Il n’y a pas grand choix de restaurants non plus. C’est pour la nature, l’océan, les fruits de mer et le monde qu’on vient ici, remarque M. Robichaud. J’y ai de très bons amis.»

Le membre du groupe 1755, Pierre Robichaud, à côté de son ami Rémi Cormier, un acheteur de produits de la mer de l’Aldouane. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

Descendu de la Galerie du tchai, il en appelle un qu’il aperçoit dans un bateau. C’est Keith Vautour.

L’homme originaire d’Aldouane fait des travaux sur son embarcation avant le début de sa saison de pêche en août. Il a un permis pour prendre du homard.

«Ça fait seulement deux ans. Je suis encore loin d’être millionnaire», commente dans un éclat de rire l’ancien travailleur en rotation.

M. Vautour est ami avec M. Robichaud depuis des années.

«On est tout le temps fier quand il vient jouer de la musique, lance-t-il. Le fun alentour, c’est que tout le monde se connaît, on est une gang de chums.»

Le pêcheur vante aussi la beauté de Richibucto pendant les journées ensoleillées.

«Quand il fait beau, il y a plein de monde qui traîne ici pour une crème glacée, ajoute M. Robichaud en montrant le quai humidifié par la bruine. Il y en a même aujourd’hui!»

Le chanteur observe une forte présence de touristes à la venue des beaux jours. Lui-même s’est lié aux habitants de l’endroit en visitant le chalet de son beau-frère pendant l’été.

«J’ai rencontré de belles personnes pas compliquées, raconte l’homme originaire de Moncton. Du vrai monde, qui n’a pas deux faces. Si tu as besoin d’aide, ils te l’offrent. Ils t’invitent aussi à leurs soirées. Et j’ai eu ma part de grandes villes.»

 

Moins de jeunes

Un peu plus loin, M. Robichaud déplore en revanche l’abandon de certains endroits du centre-ville.

«Beaucoup de jeunes sont partis», remarque le musicien qui a joué dans des bars pendant les années 1970, qui ont disparu depuis sans remplacement.

L’âge moyen des habitants de Richibucto est de 50 ans, contre 44 ans au Nouveau-Brunswick et 41 ans à Moncton.

À Aldouane aussi, M. Robichaud contemple avec nostalgie la marina de la Pointe de l’église. Il se souvient que le groupe 1755 y a animé des soirées où s’est amusé l’ancien premier ministre Richard Hatfield, vêtu d’une chemise à carreaux.

La bâtisse qui a abrité les festivités fait aussi partie du passé. Cependant, M. Robichaud souligne en avoir assez des bars.

«J’aime venir là avec une bière, été comme hiver, confie-t-il sur le quai en embrassant le panorama du regard, avec le parc national Kouchibouguac en arrière-plan. C’est paisible. Je regarde la rivière et je ne pense à rien. Ça ressource.»

La résidence dans laquelle il vit depuis deux ans et demi se situe à quelques minutes en voiture de là. Une petite maison verte en face d’une rivière.

«C’est mon petit coin, ici, commente-t-il. C’est tranquille.»

M. Robichaud se rappelle qu’il avait prévu de s’installer à la campagne lorsqu’il était à Montréal et qu’il pensait à son retour au Nouveau-Brunswick.

«J’aime la simplicité de la vie ici, exprime-t-il. Il n’y a pas de feux de circulation et pas de cônes orange.»

L’ identité rurale d’Aldouane

Ernest Comeau indique que son petit-fils représente la sixième génération de sa famille à Aldouane. Il tient donc à sa communauté, qu’il a vue évoluer depuis 1946.

Le conseiller en produits financiers se souvient par exemple des usines de transformation du homard et de salaison du poisson ainsi que de la boucanière de harengs, du moulin à bois, de l’église, de l’école et du quai.

«Tout ça a disparu, à part le petit magasin d’Alvin Cormier devenu L A Groceries, constate-t-il. C’est un peu de la personnalité d’Aldouane qui est partie.»

Ernest Comeau habite à l’Aldouane depuis 1946 et souhaite que sa communauté garde son identité rurale. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

Le taux de chômage dans le District de service local (DSL) atteignait 25% contre 11% dans la province en 2016, même s’il était certainement gonflé par la présence de travailleurs saisonniers.

«On a la cueillette des huîtres qui fonctionne bien ainsi que l’usine de transformation ostréicole Aquador, relativise M. Comeau. À chaque deux maisons, il y a des pêcheurs de homard, qui sont millionnaires aujourd’hui. Il y a aussi des travailleurs dans la foresterie et dans la construction de bateaux. Il y a donc encore un peu d’industrie.»

En 2015, le revenu annuel moyen des habitants d’Aldouane était néanmoins de 37 000$ contre 39 000$ dans la province et 47 500$ au Canada.

«Il y a beaucoup de gens qui ne paient pas d’impôts, croit aussi M. Comeau à propos du travail au noir. À cause de ça, on ne va jamais croître. Mais je ne veux pas vraiment qu’on grossisse. Si Aldouane se développe, ça pourrait devenir moins plaisant.»

Le septuagénaire souligne en revanche qu’une éventuelle amalgamation du DSL avec Richibucto ou Saint-Louis-de-Kent pourrait amener des services d’eau et d’égouts, dans le cadre de la prochaine réforme de la gouvernance locale.

«J’aime qu’on veuille rester unique, déclare-t-il. Si on veut avoir des services supplémentaires, il faudra toutefois se regrouper avec d’autres communautés. Mais c’est sûr que les taxes de propriété augmenteront.»

Le président du DSL, Amand Martin, assure que les résidents qu’il représente auprès du gouvernement ne sont pas contre le changement par principe, mais qu’ils s’opposent à un regroupement avec Richibucto.

«Dans mon jeune temps, on allait dans cette municipalité pour aller ‘‘à la ville’’, raconte-t-il. Les gens aimeraient une communauté rurale avec les habitants des DSL comme nous, qui ont les mêmes petits magasins et les mêmes idées.»

M. Martin pense cependant que le gouvernement fait la sourde oreille à ses revendications et à ses questions parce qu’il aurait déjà pris sa décision.

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