Cet été, des personnalités acadiennes présentent la petite communauté du Nouveau-Brunswick où se trouve leur maison ou leur origine. L’auteure, compositrice et interprète Maggie Savoie montre ses racines à Kedgwick.

Kedgwick est une île au milieu d’une forêt. Et c’est entre les arbres que Maggie Savoie a ses racines.

«C’est quelque chose de fort, exprime-t-elle. Je suis revenue à Kedgwick vers l’âge de 27 ans, après en être partie huit ou neuf années. Quand je voyageais, quelque chose me manquait.»

La trentenaire a surtout ressenti le besoin de se rapprocher de sa famille quand sa mère est tombée mortellement malade.

«Je ne voulais pas laisser mon père seul, explique-t-elle. On s’entend bien et nous sommes partenaires dans toutes sortes de business.»

La chanteuse pratique notamment l’acériculture dans une exploitation de 4500 arbres, près de la ville qui arbore le titre de capitale de l’érable de l’Atlantique, Saint-Quentin.

«Parfois, la vie d’artiste est stressante, souligne-t-elle. Je suis tout le temps mise en avant et je veux plaire avec des trucs personnels. L’érablière me permet de trouver un bon équilibre. Je dois y faire beaucoup de marche et je n’y travaille pas avec la tête.»

La maison de la musicienne Maggie Savoie à Kedgwick. Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

C’est aussi en trouvant une stabilité dans un chalet situé au bout d’un chemin escarpé surplombé de grands conifères sombres que l’aventurière estime avoir pu se concentrer sur la musique et commencer sa carrière artistique.

«J’ai grandi avec une petite communauté progressiste, ajoute-t-elle à propos de familles investies dans l’écologie, l’autosuffisance et la culture à Kedgwick. Ces gens m’ont poussé à faire de la musique.»

Maggie Savoie souligne avec humour l’avantage de pouvoir jouer seulement pour les animaux sauvages et le flanc des monts des Appalaches en se rappelant son adolescence.

«On allait dans un petit chalet avec une belle gang d’amis, sourit-elle. On faisait du métal, du punk, du stuff sale. On avait beaucoup de fun!»

La jeune femme juge à ce propos avoir vécu une très belle jeunesse à Kedgwick.

«Il n’y avait pas d’école de musique, mais on avait la forêt à nous autres. On s’amusait avec les cousins. Peut-être qu’il aurait manqué des choses pour certaines personnes, mais j’ai vraiment aimé ça», affirme-t-elle.

Voici une vidéo dans laquelle Maggie Savoie présente sa rivière:

Jeunesse

La citoyenne souligne d’ailleurs que de jeunes familles reviennent dans la communauté rurale, dont la population a diminué de 5% entre 2011 et 2016 pour atteindre 2000 habitants.

«Quelqu’un veut lancer une école de musique, s’enthousiasme Maggie Savoie. La microbrasserie Novum Boreas est en train de se construire. On parle d’installer un marché fermier à la Tour des Pionniers. On veut faire bouger les choses.»

C’est d’ailleurs l’esprit communautaire qui attache Maggie Savoie a son village natal.

«Les gens sont sympathiques et pas compliqués. C’est du monde de party qui aime se rassembler. C’est rare, les fins de semaine où il n’y a rien à faire», apprécie-t-elle.

La fille d’un chargé de la maintenance pour un camp de pêche au bord de la rivière Restigouche fait surtout valoir la débrouillardise et la solidarité des habitants de Kedgwick.

«Ils n’ont pas besoin d’engager des gens pour plein de choses», remarque-t-elle par rapport aux habitants des grandes villes.

Maggie Savoie évoque à ce sujet la façon dont les amis, les voisins et les membres de la famille élargie se réunissent pour s’occuper de ce qu’ils appellent les corvées. Elle illustre le phénomène par la construction de son chalet, conçu par son père.

La musicienne Maggie Savoie aime faire des achats à la Coop Ô Naturel de Kedgwick. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

La végétarienne présente également la Coop Ô Naturel. Le magasin d’alimentation bio tire son origine d’un groupe d’achats réuni en 1983 pour commander des produits de Montréal, introuvables dans la région à l’époque.

«Je viens tout le temps ici, confie la jeune femme en poussant la porte de la boutique installée dans une ancienne gare. Il y a plein de produits naturels que j’aime bien.»

Francine Lévesque milite contre l’arrosage de glyphosate sur les forêts. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

Elle rend ensuite visite à une figure provinciale de la lutte contre l’arrosage de glyphosate sur les forêts, Francine Lévesque. La retraitée réagit en exprimant son étonnement et sa gratitude.

«On se sent soutenu, mais de là à recevoir des gestes de reconnaissances…, soupire-t-elle. Mon mari et moi, on se sent parfois à part, car on est intense. Si tu veux ruiner une soirée, invite-moi!»

La musicienne essaye de la rassurer.

«Ton discours fait son chemin et crée de petits mouvements, assure-t-elle. Ça m’inspire. Ma chanson Cash vient de là! Et je vois la prise de conscience environnementale à Kedgwick, même si les gens vivent beaucoup grâce à l’industrie forestière.»

Reconnaissance

Nathia Beaulieu a appelé son établissement le Busking Bar, en référence à une expérience musicale qu’elle a partagée avec Maggie Savoie. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

Maggie Savoie a aussi marqué sa communauté. Une mouche de pêche porte le nom de l’un ses groupes, Blue Charm, dans les rayons d’une nouvelle boutique aux Chalets Restigouche. L’enseigne du seul bar de la région, le Busking bar de Saint-Quentin, vient aussi d’elle.

«Busker veut dire jouer dans la rue pour de l’argent, définit la propriétaire de l’endroit, Nathia Beaulieu. Je devais en trouver pour mon bal de 12e année. Je l’ai fait en chantant dans la rue accompagnée par Maggie.»

L’entrepreneuse se réjouit de l’exposition médiatique que lui permet d’obtenir son amie. D’autant plus qu’elle s’interroge sur la vente de son établissement, où elle veut continuer d’organiser des spectacles.

«Il y a trop d’événements pour la taille de population, analyse Mme Beaulieu à propos de Saint-Quentin et de Kedgwick. C’est dommage qu’il n’y ait pas plus de touristes, car c’est une sacrée belle place.»

Maggie Savoie pense peut-être la même chose. En vrai guide, elle a en tout cas présenté la région à l’Acadie Nouvelle toute une après-midi et a invité des amis à découvrir la rivière Restigouche en canot.

Ses racines aident ainsi peut-être son île au milieu de la forêt… à grandir.

Réforme: Kedgwick refuse de recevoir des ordres

Éric Gagnon est le nouveau maire de Kedgwick. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

Le nouveau maire de Kedgwick, Éric Gagnon, reste réservé à propos de la réforme de la gouvernance locale du ministre Daniel Allain.

«Nous révisons la demande que nous transmettrons prochainement au gouvernement», indique-t-il sans entrer dans les détails.

L’élu soutient que sa communauté rurale partage déjà des services avec des Districts de service locaux (DSL) voisins contre des redevances. Il précise être favorable à une collaboration, mais il insiste sur la nécessité de l’équité.

«Nous sommes débrouillards. Nous allons bien et nous ne voulons pas nous laisser dicter quoi faire, lâche M. Gagnon. La réforme municipale, c’est déjà réglé et viable pour nous autres.»

Il rappelle que la communauté rurale de Kedgwick a élu son premier conseil municipal après le regroupement du village avec le DSL de Grimmer en 2012.

«Depuis, nous n’avons plus de problèmes. Nous sommes fonctionnels», martèle M. Gagnon.

S’il se dévoile peu, il donne le ton quand même.

 

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