Cet été, des personnalités acadiennes présentent la petite communauté du Nouveau-Brunswick où se trouve leur maison ou leur origine. Le hockeyeur Mika Cyr montre à l’Acadie Nouvelle son petit paradis, Sainte-Anne-de-Madawaska.

Le romancier Milan Kundera a mis en relation l’idée de paradis avec la répétition de choses familières dans L’Insoutenable légèreté de l’être. Le hockeyeur Mika Cyr fait la même association d’idées en évoquant Sainte-Anne-de-Madawaska.

«Notre but, c’est vraiment de maintenir les choses en gardant notre population, appuie le sportif de 22 ans. On n’a pas besoin d’être plus gros ni plus petit. Mais je n’ai pas de craintes, car ça fait des années que Sainte-Anne-de-Madawaska est tranquille. Elle est faite pour ça.»

Michaël Cyr souhaite juste la pérennité de petites commodités: le dépanneur qui vend de l’essence et de l’alcool depuis quelques mois ainsi que l’école menacée de fermeture en 2015, à la suite d’une étude de viabilité du Disctrict scolaire francophone Nord-Ouest.

«Je n’ai pas suivi la réforme de la gouvernance locale, mais ça ne me dérange pas, car Sainte-Anne-de-Madawaska restera dans notre cœur et dans notre tête quoi qu’il arrive», confie-t-il aussi à propos du projet du ministre Daniel Allain.

Dans cette vidéo, Mika Cyr parle de son coin de pays:

Le jeune homme insiste à ce propos sur la fierté des 960 habitants de la petite communauté située à mi-chemin entre Grand-Sault et Edmundston.

«Quand j’ai dit que je venais d’Edmundston dans mes premières entrevues avec les médias, mon père m’a donné une petite claque en me disant de mettre Sainte-Anne-de-Madawaska sur la map, illustre le sportif de talent. Maintenant, je suis fier de le faire.»

M. Cyr souligne en outre l’amitié qui lie les membres de sa communauté.

«Avant, j’habitais dans le foyer de soins qui appartenait à ma famille. Les résidents me suivaient au hockey et se montraient fiers de moi. C’est probablement grâce à ça que je suis devenu qui je suis», ajoute l’attaquant.

Il qualifie surtout de petit paradis la maison qu’il habite depuis trois ans dans un District de service local (DSL) voisin de Sainte-Anne-de-Madawaska, au bord d’un chemin de terre.

«À chaque fois que je reviens du travail, je me crois en vacances», explique-t-il accompagné par le clapotis de la rivière Quisibis, où deux pêcheurs arrivent pour les truites qui sautent parfois de l’eau claire.

L’étudiant en éducation physique à l’Université de Moncton vit pendant l’été avec ses parents dans ce chalet construit par son oncle décédé d’un cancer.

«C’est un endroit spécial, commente-t-il. Mes neuf oncles y viennent une fois ou deux par an pour se rappeler leur frère.»

Le jeune homme s’y plaît tellement qu’il affirme avoir toujours imaginé ses projets de vie, comme la fondation d’une famille, dans la région du Madawaska, loin des grandes villes.

«Je m’ennuie plus de la maison quand je suis à Moncton que de Moncton quand je suis à la maison», remarque-t-il.

Dans la plus grande cité du Nouveau-Brunswick, M. Cyr a des amis dans son Université et dans l’équipe des Aigles Bleus. Mais à Sainte-Anne-de-Madawaska, il a la campagne, sa famille et d’autres amis.

Avec ceux-ci, le sportif participe à un événement qui se répète chaque jeudi soir pendant plusieurs semaines de la belle saison: un tournoi local de balle-molle.

«Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire à part un feu et des grillades de guimauves, sourit-il en regardant le foyer entouré de sièges dans son jardin. Les occasions de sortir sont plutôt rares, ici.»

 

La première partie débute à 19h sur le terrain surplombé par les deux clochers de l’église du village et les collines des Appalaches qui tracent une ligne de fuite vers l’horizon, petits coussins de verdure où repose un ciel immense.

Les nuages uniquement sont menaçants. Seuls se font entendre les frappes et les dérapages de la vingtaine de joueurs ainsi que les encouragements, les conversations, les rires et les commentaires de la dizaine de spectateurs dans les gradins.

«Ce n’est pas de quoi de sérieux, commente M. Cyr. Tout le monde blague avec tout le monde, se connaît et s’aime. C’est comme une soirée avec une partie de balle molle.»

Le compétiteur se montre pourtant très concentré sur le terrain. Un spectateur montre néanmoins que l’on peut s’amuser sérieusement comme prétexte à l’entretien de liens sociaux.

Famille

«Je viens pas mal à tous les tournois, parce que j’aime ce sport, exprime Dean Cyr. Mais je viens surtout pour les amis. Je connais pas mal tout le monde, ici.»

L’habitant de Saint-Basile souligne la communauté formée par les habitants de Sainte-Anne-de-Madawaska, d’où il est originaire. Il estime qu’elle se comporte comme une famille soudée. Les personnes assises sur les gradins confirment.

«C’est de la bonne soudure», renchérit l’un d’eux.

Pendant ce temps, M. Cyr et ses coéquipiers courent de but en but autour du lanceur de l’équipe adverse.

«La vie au Paradis ne ressemblait pas à la course en ligne droite qui nous mène dans l’inconnu, ce n’était pas une aventure. Elle se déplaçait en cercle entre des choses connues. Sa monotonie n’était pas ennui mais bonheur», a écrit Milan Kundera dans L’Insoutenable légèreté de l’être.

Le défi démographique

La mairesse de Sainte-Anne-de-Madawaska montre un visage serein. Sylvie Girard assure avoir peu de craintes pour l’avenir de sa communauté.

«On ne veut pas de déclin de la population, c’est ça qui est dur aujourd’hui», ajoute la secrétaire de la Municipalité, Lise Deschênes.

La mairesse de Sainte-Anne-de-Madawaska, Sylvie Girard, à côté de la secrétaire de sa Municipalité, Lise Deschênes. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

Mme Girard observe toutefois l’arrivée de familles, attirées par des infrastructures construites ces dernières années: un centre multifonctionnel, une salle d’entraînement et un parc de jeux aquatiques, par exemple.

«Les maisons se vendent vraiment bien, c’est surprenant», commente-t-elle.

L’élue pense même que sa population a augmenté depuis 2016, alors qu’elle avait diminué de 5% entre cette année-là et 2011.

«Sainte-Anne-de-Madawaska est une place pour élever des enfants, soutient Mme Deschênes. Il y a beaucoup d’activités pour eux.»

La mairesse souligne aussi le peu de trafic automobile.

«Ce qu’on voudrait, c’est une industrie pour donner du travail à nos gens, déclare-t-elle. Et une épicerie! L’ancienne a fermé il y a quatre ans.»

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