Un couvre-feu impopulaire

Tout le monde est d’accord, la mort de jeunes sur nos routes est un désastre pour les familles et amis, mais également pour toute la communauté. Particulièrement lorsque nous avons le sentiment qu’elle aurait pu être évitée par une conduite plus prudente, à une vitesse plus raisonnable, en pleine possession de leurs facultés.
Personne ne peut reprocher au gouvernement de chercher à prévenir de telles pertes de vie, de jeunes vies qui ont tant à contribuer à nos communautés, à notre société. Nous devons au contraire applaudir la volonté du gouvernement. Comme l’affirmait l’éditorialiste de L’Acadie NOUVELLE, les statistiques sur les facteurs susceptibles d’augmenter les risques d’accidents ne mentent pas, et les accidents routiers sont la principale cause de décès chez les jeunes. L’alcool ou les facultés affaiblies, la vitesse, l’inexpérience et la conduite nocturne, et le fait d’être plusieurs jeunes dans les autos, dans une ou plusieurs de ces conditions, accroissent indéniablement les risques.
Une réflexion s’impose toutefois sur les moyens à prendre pour s’attaquer à ce problème. L’alcool (et drogues) zéro fait largement consensus.
Empressons-nous, avec l’appui des jeunes eux-mêmes, de la mettre rigoureusement en œuvre. La sensibilisation est également un moyen de lutte efficace. Il faut intensifier les efforts en ce sens.
Par contre, nous ne sommes clairement pas en faveur des couvre-feux pour les jeunes. Cette approche est excessive et peut conduire à des résultats contre-productifs. Nous favorisons plutôt la responsabilisation des jeunes. L’AFMNB, de concert avec la Fédération des jeunes francophones du N.-B., a mené au cours des dernières années un projet pilote intitulé «C’est ma communauté!» visant à mieux impliquer et responsabiliser les jeunes dans nos communautés.
Le projet «C’est ma communauté» voulait justement offrir des alternatives plus constructives que les couvre-feux afin de renforcer la sécurité de nos communautés, tout en impliquant davantage les jeunes pour leur bénéfice et celui de nos communautés. Bien que le rapport du projet n’est pas encore déposé, il est clair que ce type de démarches préventives et de responsabilisation des jeunes est beaucoup plus productif et constructif. Nous voulons poursuivre dans cette direction.
Nous demandons au gouvernement de mettre en œuvre dès maintenant la clause «alcool zéro», mais d’annuler la clause sur le couvre-feu. Nous proposons la mise sur pied d’un comité mixte des jeunes, des municipalités, des corps policiers, sous le leadership du ministère de la Sécurité publique, afin de suivre de près l’effet de la mesure «alcool zéro» annoncée et les efforts de prévention plus intensifs et soutenus auprès des jeunes.

JEAN-PAUL SAVOIE,
président
Association francophone des municipalités du N.-B.
Petit-Rocher