L’étoile maganée

Plusieurs se réjouissent de son départ et approuvent la décision de la direction de l’hôpital de se départir de l’œuvre Stellaire. Certains allèguent sa dégradation, d’autres le fait que l’œuvre n’ait jamais fait l’unanimité.
À mes yeux, les raisons évoquées sont fallacieuses et ne justifient pas le geste. Je ne poserai pas ici de jugement sur la valeur esthétique de l’œuvre ni sur sa réelle condition physique n’ayant pas vu personnellement son état réel.
À mon avis, on ne peut pas évoquer la dégradation comme raison pour se «débarrasser» d’une œuvre sans avouer du même coup notre négligence à l’entretenir et à lui assurer une certaine pérennité. Était-elle à ce point abîmée qu’aucune restauration ou réparation n’était plus possible? A-t-on consulté l’artiste ou un expert en fibre de verre pour s’en assurer? Était-elle vraiment irrécupérable? La suite nous apprend que l’artiste qui est venue récupérer son œuvre, sans aucune aide de la municipalité et à ses frais, l’exposera, après réparation mineure, quelque part dans la région de Moncton… 
On ne peut pas évoquer non plus le fait qu’une œuvre ne fait pas l’unanimité pour s’en débarrasser comme s’il s’agissait d’un produit quelconque que l’on jette aux rebuts. La fonction de l’art n’est pas de faire consensus ni de plaire à tous. Si tel était le cas et en toute impartialité, un sondage devrait être fait pour déterminer quelles œuvres d’art à Caraquet ne font pas l’unanimité et s’en débarrasser sur-le-champ, de préférence en catimini, sans en informer au préalable les artistes concernés. D’après vous, combien d’œuvres d’art resterait-il à Caraquet à la suite de ce sondage?
Les deux raisons évoquées ne tiennent pas la route.
Ce que je déplore dans cette affaire, c’est la façon dont on a agi et les commentaires, à la limite méprisants, envers l’œuvre et l’artiste. Si Caraquet, qui se targue d’être la Capitale culturelle de l’Acadie, traite ainsi les artistes et les œuvres qui lui sont confiées, il y a lieu de s’interroger sur le sens que l’on accorde aux mots et sur leur portée concrète. Lorsqu’un organisme acquiert une œuvre, il en devient le propriétaire et à ce titre, il doit assumer sa responsabi­lité en la protégeant des intempéries climatiques, du passage du temps et résister aux jugements qui relèvent du goût de quelques personnes influentes. L’œuvre Stellaire était-elle offensante à ce point qu’il faille la faire disparaître? Qui a réellement demandé l’enlèvement de cette sculpture et quelles sont les véritables motivations? Si la direction de l’hôpital ne voulait plus de cette sculpture sur son terrain, un effort aurait pu être fait pour lui trouver un autre emplacement.
J’émets le souhait que la Ville de Caraquet se dote de lignes de conduite qui guideront ses actions quant à la conservation et à l’enrichissement de son patrimoine culturel, et ce, dans le respect des personnes et de leurs œuvres.

JOCELYN JEAN
Artiste visuel
Grande-Anse