Des services affectés

Une tendance récente de certains pays industrialisés veut que les gouvernements coupent ou réduisent les impôts et les taxes. Ce dont on ne parle pas assez, c’est de l’abandon ou de la diminution de services qui s’ensuit nécessairement. On tente de faire croire que pareille mesure ravivera l’économie malgré le fait que les économistes les plus sérieux disent le contraire. Aux dernières nouvelles, le ministre des Finances nous informait que le Néo-Brunswickois moyen épargnerait cette année 836 $. Et, le père Noël, qui n’en est pas au bout de ses largesses, annonçait, par la même occasion, que cette année l’impôt sur le revenu serait diminué de 124 millions $ alors que l’an prochain, ce serait de 232 millions $ et, d’ici 2012, de 323 millions $ par année. Ce doit être ce que veut dire «autosuffisance»!

L’exercice aurait-il d’autre but que d’attirer le vote et d’assurer la mainmise sur les leviers du pouvoir? C’est partout pareil. Aux États-Unis, les enfants de l’oncle Sam s’attendent à des services publics de qualité sans jamais avoir à payer. Ils sont très religieux, mais très avides aussi. On vide les cartes de crédit sans se préoccuper du fait qu’un jour, il faut rembourser. On se procure par millions d’énormes maisons sans en avoir les moyens, et le pays est dans l’état qu’on lui connaît avec des déficits phénoménaux et une dette astronomique, ce qui a poussé l’économie mondiale sur la pente descendante qu’on sait.
Dès son arrivée au pouvoir, Ronald Reagan a sabré les impôts des particuliers au point que le Trésor américain a dû le prévenir qu’il n’y avait plus de sous pour payer les factures. On se rappelle le «Read my lips: No new taxes» de George Bush (père). Promesse d’élections qu’il n’a pu tenir. Son fils, l’autre George Bush, a procédé et coupé les impôts contre et malgré les recommandations de conseillers avisés au point de laisser le pays dans le marasme le plus total, le tout accompagné d’une guerre entamée sous de fausses représentations et qui, elle, coûte les yeux de la tête. Rien là: aux USA, la dette nationale avale les déficits, rien de plus.
Les Américains sont les citoyens les moins taxés de la planète, et, pourtant, cela ne les rend pas plus heureux et ne réduit pas le nombre des suicides. Les pays les plus taxés sont ceux du nord de l’Europe. Ils s’en plaignent à peine, les services qui en découlent étant d’une telle qualité.
Ici, au Nouveau-Brunswick, il ne semble pas manquer de sous non plus. Au dernier budget, on a distribué 145 millions $. Par la même occasion, on a coupé dans un système d’éducation qui en était déjà rendu à l’essentiel. Qu’on doive couper 1 million $ dans le seul budget du District 1, dont la classe spéciale de Mathieu-Martin qui recevait les décrocheurs, cela laisse songeur. On coupe les travailleurs so­ciaux, on réintroduit les frais des services ambulanciers. Rien pour enrayer la pauvreté. Les citoyens doivent se serrer la ceinture, alors que les députés et le premier ministre se votaient en 2008 des augmentations allant de 90 à 120 %.
Si le gouvernement avait laissé aux régies régionales la gestion de leurs propres affaires, et dans le cas de Georges-Dumont, la langue française comme langue d’opération comme c’était jadis le cas, au lieu de créer des entités monstres, une anglophone et l’autre bilingue, peut-être n’aurait-il pas à payer une équipe d’avocats acadiens et montréalais pour aller plaider devant les tribunaux que, dans le domaine de la santé, la Constitution du pays ne brime pas les droits des Acadiens. Cela coûte au bas mot 12 000 $ par jour, paraît-il. Pour des fins politiques, les sous regorgeraient-ils?
On peut se consoler: nos enfants seront peut-être pauvres, peut-être assimilés, mais ils sauront au moins chanter l’hymne national maintenant que le ministre Lamrock a ordonné son exécution quoti­dienne dans les salles de classe. Et c’est à eux qu’on laisse une dette, qui en 2009-2010, passera à 8,3 milliards $. C’est du sérieux, la politique!
Les Néo-Brunswickois vont devoir faire des choix: ou bien abandonner des services essentiels et en diminuer d’autres tout aussi vitaux, ou bien payer ce que ça coûte pour les garder en place. Il est à se demander si toutes ces compressions ne relèvent tout simplement pas de l’inconscience alors que les problèmes sont de plus en plus nombreux et de plus en plus sérieux, en commençant par ceux qu’on retrouve dans les salles de classe.

HECTOR J. CORMIER
Moncton