La démolition d’un prêtre

Père Donat Gionet

NDLR – L’Acadie Nouvelle publie aujourd’hui l’essentiel d’une lettre ouverte écrite par Donat Gionet, et dans laquelle il revient sur la controverse dans laquelle il est plongé.

La démotion, ou plutôt la démolition, d’un prêtre est maintenant chose accomplie, avec l’aide de l’autorité diocésaine.

Maintenant que je suis anéanti, je veux en venir au texte de l’Évangile du 20 et du 21 août, dans les paroisses Notre-Dame-des-Éra­bles, Saint-Léolin et Paquetville, puisqu’on a bien mélangé les paroles que j’ai dites dans l’homélie, avec celles des journalistes.
Voici les paroles de l’Évangile: je commence au verset 18, du chapitre 16 de l’Évangile selon saint Matthieu: «Jésus dit: Eh bien! Moi je te dis: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne tiendront pas contre elle. (Et Jésus continue en disant): Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux: quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié».
C’est alors que j’ai continué mes réflexions en commençant par dire que Jésus avait dit à Pierre: ta réponse n’est pas venue de toi, mais de mon père qui est dans les cieux. Ainsi, Jésus voulait dire à Pierre qu’il avait été «inspiré» pour dire cette réponse. C’est alors que j’ai dit: «Les portes de l’enfer qui veulent détruire l’Église, c’est là l’oeuvre de Satan, depuis les tout premiers débuts de l’Église jusqu’à nos jours. Mais aujourd’hui, ce sont nous, les catholiques, qui détruisons notre Église catholique. Nous n’avons qu’à regarder le nombre d’avortements, parmi les catholiques, regardons les homosexuels, et nous (là je me suis pointé, la main sur ma poitrine… par ce geste je voulais dire, nous les prêtres…), puis j’ai continué en disant: nous détruisons nous-mêmes notre Église.» Et là, j’ai dit que c’étaient les paroles exprimées par le pape Jean-Paul II. C’est ici, qu’en l’église de Saint-Léolin seulement, j’ai ajouté: «On peut ajouter que par le fait d’aller voir la parade des «gais», on encourage ce mal. Que penseriez-vous de quelqu’un qui, en voyant ce qui est arrivé le 11 septembre 2001, l’anéantissement des tours, se mettrait à applaudir? On ne doit pas encourager le mal, de quelque forme qu’il soit.
Après ces réflexions, il n’y a eu aucune autre allusion que ce soit. Puis, j’ai continué mon homélie en faisant des commentaires sur l’autre partie de cet Évangile: «Les clés données à Pierre». Le pouvoir du pardon donné à l’Église. Là, j’ai dit qu’à l’occasion des célébrations du pardon avec les jeunes des écoles françaises de l’Ontario, je disais aux jeunes: «Supposons qu’en venant à l’école, il y a un accident d’autobus et que vous arrivez devant saint Pierre au paradis, et que saint Pierre vous demande le mot de passe pour entrer au paradis?» Là, les jeunes cherchaient et avançaient toutes sortes de réponses. Finalement, l’un découvrait la vraie réponse: «J’ai été pardonné, ou j’ai reçu le pardon du prêtre». Par cette réponse, le jeune découvre qu’on ne se pardonne pas soi-même, comme certains le disent ou le croient.
Un autre exemple que j’ai ajouté: «Au temps de la guerre, il y avait ce soldat, mortellement atteint. Sachant qu’il va mourir il dit à son compagnon, viens ici: je sais que je vais bientôt mourir. Je te donne mes péchés, tu iras les dire, pour moi, au premier prêtre que tu rencontreras et tu lui diras les péchés que je t’ai confiés…»
Puis, j’ai terminé l’homélie en demandant au Seigneur sa miséricorde et aussi, comme je fais toujours, «demandons à la Vierge Marie de nous aider. Amen.»
Voilà ce que j’ai vraiment dit, et pas plus, dans l’homélie. Tous les autres commentaires viennent des citations des journalistes, ou des personnes qui y ont tout simplement ajouté leurs commentaires personnels. Toutes les personnes qui ont été frustrées  sont signe que la parole de Dieu les invitait à la réflexion. Les personnes qui avaient l’âme en paix se sont simplement dit: «c’est la vérité de Dieu.»
À tous les journalistes qui sont venus m’interroger, je leur disais ceci, qui est bien important. Mais personne ne m’a cité là-dessus, à ma grande surprise…
Donc, je ne peux plus célébrer l’eucharistie en public. Je le fais en «secret» dans le sous-sol que j’occupe présentement. Il me semble vivre ce que les premiers chrétiens vivaient au début de l’Église: ils devaient se cacher dans les catacombes pour prier ou célébrer l’eucharistie.
Il est bon d’ajouter une autre chose importante que j’ai dite aux journalistes. Un couple qui vit une union illégitime, ayant déjà été marié, ne devrait pas recevoir l’eucharistie. Les uns et les autres sont toujours les grands bienvenus de venir prier avec la communauté chrétienne, mais sans recevoir la «communion», car ils ne sont pas en communion avec l’Église. Inutile de jouer à cache-cache avec Dieu et de se dire «capables» d’aller à la communion comme les autres. Quand un homosexuel connu, ou un couple vivant une union illégitime, s’approche pour la communion avec les autres et qu’ils croisent leurs deux bras sur leur poitrine afin de recevoir la bénédiction et non la communion, je me dis: voilà des personnes honnêtes et sincères devant Dieu, la communauté et elles-mêmes. Pour celles-là, je ne m’inquiète pas pour leur salut éternel, car leur sincérité les porte en admiration devant Dieu, notre véritable juge et non pas nous-mêmes.
Je viens juste de lire la lettre de Mgr Vienneau, ainsi que les différents reportages qui ont été faits sur Internet. N’ayant pas d’ordinateur, je ne savais pas totalement ce qui se passait. Voici des éclaircissements nécessaires:
À vous d’abord, l’autorité du diocèse: m’avez-vous demandé qu’est-ce que j’avais dit, exactement dans l’homélie en question? On ne m’a pas demandé cela, mais on a écouté les personnes frustrées. On a amplifié de beaucoup mon homélie qui d’ordinaire est plutôt brève. Alors à la question qui m’a été posée, à savoir si j’allais continuer avec des «propos semblables», je n’ai pas pu dire «oui», je ne les connaissais pas; et s’il s’agissait de l’homélie, dans son intégralité, je ne pouvais pas dire «non» car, pour moi, il est important de dire la vérité. Pour en finir, je préférais dire «non» à la question de l’autorité diocésaine. J’entrevoyais la possibilité de prendre une «vraie retraite», et cela, malgré les nécessités diocésaines. Merci, pour cela, car autrement j’aurais été beaucoup demandé.
Merci à tous ceux qui liront ces explications et lumières sur ce sujet dit controversé. Si on ne laisse pas l’Esprit saint et le pardon prendre place dans ces discussions, bien vains seront nos discours et bavardages.