L’exploitation honteuse d’un groupe de travailleuses

Huberte Gautreau
retraitée
Moncton, E1C 5S6

Si vous demandez à une personne vieillissante où elle aimerait finir ses jours, elle vous répondra infailliblement «à la maison» sauf exceptions, bien évidemment, telles qu’une maladie débilitante, les difficultés à préparer de bons repas ou la crainte d’être seule sans possibilité de secours advenant une urgence, et autres.
Recevoir de l’aide à la maison, ne serait-ce qu’une visite régulière ou journalière, change toute la donne. Pour certaines personnes, recevoir de l’aide quelques heures par jour ou par semaine pour préparer des repas, surveiller le bain et faire de menues tâches à la maison fait toute la différence. Au minimum, une visite d’une heure par jour pour s’assurer que tout va bien, préparer un repas, peut suffire pour un certain temps à maintenir la personne à domicile.
Ce genre de services est entièrement disponible, mais à condition d’avoir les moyens d’en couvrir les frais ou de recevoir de l’aide du gouvernement. 
Malheureusement, les conditions de travail des aides à domicile sont si aberrantes que ça dépasse l’entendement. Jusqu’à tout récemment, elles ne gagnaient que 9,50 $ l’heure et plafonnaient à 9,65 $ après 10 ou 20 ans de travail. Le gouvernement vient d’augmenter leur salaire à 11 $ de l’heure, hausse qui est entrée en vigueur le 1er octobre 2011.
La journée de travail d’une aide à domicile consiste à s’occuper de trois à cinq clients par jour ce qui, avec le temps pour se rendre d’une maison à l’autre, peut cumuler jusqu’à 8 heures de travail en général. Cependant, le temps de transport n’est pas comptabilisé dans son salaire. Le remboursement de voyage entre les clients est de 12 cents de l’heure. Donc, si une employée travaille 40 heures dans sa semaine, elle pourra recevoir 40 x 12 cents = 4,80 $ pour la semaine, peu importe le nombre de kilomètres qu’elle aura voyagé. Toutefois, ces remboursements de voyage ne sont pas assurés par toutes les (quelques 50 et plus) agences de services. L’assurance auto est aux frais des travailleuses.
De plus, les jours où elles ne s’occupent que d’un ou deux clients, les aides à domicile ne seront payées que le temps nécessaire pour ce ou ces clients même si le reste de la journée est perdu pour un autre travail rémunérateur. Elles ont droit à deux semaines de vacances payées par année. Il n’y a aucune compensation si elles travaillent à l’agence durant leurs vacances pour joindre les deux bouts. Souvent, les services ne sont pas offerts durant les jours fériés, ce qui est une perte d’heures de travail pour les travailleuses puisque les soins offerts aux clients qui tombent durant les jours de congé ne seront pas repris à un autre temps.
Bien sûr, aucune pension n’est prévue par l’agence de services pour leurs employées. Ces employées seront, bien entendu, à la charge de l’État à leur retraite, car avec un salaire aussi pitoyable, nul n’est capable de cotiser dans un REER ou faire des économies pour sa retraite. On comprendra que la très grande majorité de ces employées sont des femmes.
Il faut être dévouée ou missionnaire pour travailler dans des conditions pareilles!
Augmenter le salaire horaire à 11 $ est bien, mais ça ne corrige pas nécessairement l’iniquité salariale qui prévaut depuis de nombreuses années dans ce secteur. Une évaluation de poste est essentielle pour s’assurer que le travail est payé à sa juste valeur. Le gouvernement a déjà fait ce travail et connaît le salaire véritable qui devrait leur être versé.
Rien de moins ne suffira et, encore une fois, tout délai supplémentaire pour régler l’iniquité salariale est inacceptable. C’est une discrimination salariale qui ne devrait pas être tolérée plus longtemps.