Engouement politique à venir…

Par Gilles Thibault
Grande-Digue

À la une de l’Acadie Nouvelle du 28 février, une question fort pertinente fut soulevée. Comment reproduire l’effet Star Académie? Jean-Marie Nadeau rêve d’un même engouement pour nos droits acquis qui, eux, sont constamment mis en danger. À notre avis, le plus illustre de nos activistes acadiens a tout ce qu’il faut pour réaliser son souhait. Il ne lui suffit plus que de militer pour la démocratie participative.
Le moment est propice. Notre gouvernement vient d’entamer une réforme de la gouvernance locale. Des pouvoirs jusque-là exercés par Fredericton vont graduellement passer sous la responsabilité des municipalités. Autrement dit, un pouvoir politique décisionnel va se rapprocher du citoyen, dans son milieu de vie.
Mais un bémol se pointe dans ce qui pourtant semble être une excellente idée. En effet, la réforme risque de reproduire au niveau local et régional un système politique provincial qui déjà est fortement remis en question. Tout le monde reconnaît les limites et les défauts de la démocratie représentative actuelle: le manque de représentativité adéquate, le manque de transparence, la mainmise de groupes d’intérêts, la magouille, l’absence de consultation et de débat pour le citoyen, le détachement du citoyen de la chose politique, et j’en passe. Ainsi, en général, les citoyens ne se lèveront pas pour la réforme envisagée.
Par contre, l’ajout de la démocratie participative pourrait combler les déficits de la démocratie représentative. Au fin fond, beaucoup de citoyens rêvent d’un milieu de vie qui leur ressemble et qui les rassemble et où il fait bon vivre. Ils sont prêts à se responsabiliser et à s’impliquer pour y arriver. Sachant qu’ils ont l’occasion d’exprimer leurs idées, d’échanger avec les autres, de décider avec un vote qui compte et de passer à l’action, ils vont démontrer un engouement certain. D’ailleurs, qui n’est pas intéressé à avoir un mot à dire sur les taxes et le budget, le plan de développement de sa municipalité, le plan rural et l’usage des terres, les services, les valeurs à faire respecter, la transparence et l’accessibilité à l’information, etc.
Concrètement, il y a lieu d’ajouter une clause de la participation citoyenne à la nouvelle réglementation liée aux municipalités. Ainsi, les municipalités auront l’autorité légale et l’obligation juridique d’instaurer des structures de participation citoyenne à la demande des citoyens, là où un nombre suffisant le requiert. La structure peut varier selon la demande. Dans certains milieux, les citoyens voudront une assemblée citoyenne délibérante avec un pouvoir décisionnel. Pour d’autres milieux, il s’agira de forums consultatifs ou encore, la présentation de rapports périodiques des élus. Tous les sujets touchant le fonctionnement et le développement de la municipalité pourront faire l’objet d’un débat public et être soumis au vote citoyen.
Les citoyens se veulent des êtres responsables. Il faut les traiter ainsi. Là où ils pourront prendre des décisions ensemble, ils seront plus enclins à l’engouement. Ils seront aussi plus disposés à faire des compromis et à accepter les inconvénients qui s’y rattachent. Il s’agit là d’un processus de maturation.
D’ailleurs, sans maturation, la démocratie tend à battre de l’aile. Une dose de démocratie participative dans notre société la sortirait peut-être de sa sclérose.