Les jeunes et les grandes luttes acadiennes

Par Marie-Michèle Doucet
Étudiante au doctorat en Histoire, 25 ans
À Montréal pour les études, citoyenne de Dieppe

À la lecture du dossier sur «La fin des luttes acadiennes?» dans l’Acadie Nouvelle du 10 mars 2012, je me suis demandé: les jeunes Acadiens sont-ils vraiment moins militants que leurs parents? En sommes-nous vraiment à la «fin des luttes acadiennes»? Certes, les méthodes de mobilisation ont changé avec l’entrée en jeu des médias sociaux, un sujet dans lequel je n’entrerai pas ici, mais qu’il ne faut pas négliger. Mais cela ne signifie pas pour autant que les jeunes ne participent pas activement aux luttes acadiennes. Je souhaite, dans ces quelques lignes, vous montrer qu’il est faux de parler de l’inaction et du désintérêt des jeunes à la cause acadienne.
La lutte menée par Égalité santé en 2009 a suscité de nombreuses réactions au sein de la communauté acadienne et les jeunes ne sont pas demeurés muets. Le 11 novembre 2009, une lettre d’appui à Égalité Santé signée par 30 jeunes Acadiens, des étudiants de tous les domaines, allant de l’ergothérapie à la cinématographie, paraissait dans l’Acadie Nouvelle. Toutefois, les jeunes signataires ont été surpris de voir à quel point leur lettre a été ignorée par les médias acadiens si on la compare avec la réception reçue par une lettre publiée une semaine plus tôt par un groupe de «supposés» éminents Acadiens. D’ailleurs, quiconque prend le temps de regarder qui sont les signataires de cette dernière lettre constatera qu’ils ne sont pas plus «éminents» que les 30 jeunes qui ont signé la lettre du 11 novembre 2009.

Un autre dossier chaud de l’année 2009 a été celui de l’affichage bilingue à Dieppe. Est-il nécessaire de mentionner que cette lutte et la création du Front commun pour l’affichage bilingue ont été menées par un jeune Acadien, Martin LeBlanc Rioux, et appuyées par un nombre important de jeunes tant des écoles secondaires de la région que de l’Université de Moncton. Il faut également souligner que le porte-à-porte pour recueillir les signatures pour la pétition déposée à la Ville de Dieppe en janvier 2009 a été effectué, en grande partie, par des jeunes. Je me souviens également de la remise de la pétition au conseil municipal de Dieppe, alors que la salle était pleine et où plusieurs jeunes étaient présents pour montrer leur appui à cette cause.

En août 2010, le journal Le Soleil publiait justement un article sur le travail des jeunes dans le dossier de l’affichage bilingue intitulé «Affichage bilingue au Nouveau-Brunswick: plusieurs jeunes mettent l’épaule à la roue». L’article se conclut avec les propos de Madeleine Arseneau, alors présidente de la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick, qui souligne un «intérêt renouvelé pour la défense du français dans les rangs des jeunes Acadiens». Il me paraît donc surprenant que Le Soleil, reconnaisse l’effort et le travail des jeunes dans les causes acadiennes, mais que l’Acadie Nouvelle ne puisse en faire autant.

Cette semaine encore, le jeune militant acadien Martin LeBlanc Rioux a annoncé qu’il pensait se présenter à la présidence de la SANB. S’il a été capable, en l’espace de quelques mois, de rassembler les jeunes Acadiens autour de la cause de l’affichage bilingue à Dieppe, imaginez ce qu’il lui est possible de faire en tant que président de la SANB. C’est pour cette raison que je donne mon appui à M. LeBlanc Rioux.

Il me paraît donc étrange de lire que l’Acadie Nouvelle annonce la mort des luttes acadiennes causée, entre autres, par un soi-disant désintérêt des jeunes. Je ne partage pas le pessimisme de l’Acadie Nouvelle et crois, au contraire, que nous avons plusieurs jeunes en Acadie qui participent activement et qui ont à cœur la cause acadienne. Si vous n’êtes toujours pas convaincus que les jeunes ne sont pas tous désintéressés par la cause acadienne, vous n’avez qu’à aller voir sur Facebook ou Twitter où plusieurs jeunes parlent et débattent activement des enjeux acadiens. Évidemment, ce ne sont pas tous les jeunes qui sont actifs dans ces dossiers, mais il serait également faux de croire que les «moins jeunes» sont tous des plus actifs.

En tant qu’historienne, je vous dis donc, à vous, «les nostalgiques»: le passé c’est important, mais il faut aussi agir dans le moment présent. On reproche aux jeunes de ne pas descendre dans la rue, mais combien de «moins jeunes» sont descendus dans les rues dernièrement pour apporter leur appui à la cause acadienne? La défense de l’Acadie n’est pas une question de génération, c’est l’affaire de tous, jeunes et moins jeunes. Au lieu de regarder ce qui se faisait dans le passé, posons-nous plutôt la question: ce que les Acadiens et Acadiennes, jeunes ou moins jeunes, nostalgiques ou pas, sont prêts à faire en 2012 pour défendre leur langue et leur culture.