L’injustice érigée en loi

Je m’abstiendrai de faire des commentaires sur la loi 78, du voisin Charest, pour éviter qu’on me crie de rester dans ma cour.
 

Mais aujourd’hui, devant la nouvelle proposition de loi de l’empereur fédéral concernant l’assurance-emploi, je sens l’urgence d’évacuer le trop-plein d’indignation qui n’a pas cessé de bouillonner en silence depuis l’accession à la pseudo-majorité de ce gouvernement, qui avait pris l’habitude de régner en monarque, même sous ses mandats minoritaires.
 

Non seulement ce gouvernement n’a jamais cessé de couper les vivres, miette par miette, à des dizaines de comités, d’associations ou d’organismes voués à l’assistance et à la protection des moins nantis et des minorités – pour obtenir quoi? Des économies de bouts de chandelle, comparativement aux sommes astronomiques se chiffrant par milliards de dollars accordés à ses «tinamis» de la finance et aux multinationales pétrolières et minières, sans compter les 35 milliards pour les avions de combat qui privent des millions d’enfants pauvres d’un repas chaud quotidien pendant près d’un siècle, – mais encore faut-il qu’il vienne confirmer son mépris des travailleurs de la classe moyenne et de la classe des sous-payés en les forçant, par une loi inique, à accepter des emplois à plus de 100 kilomètres de leur lieu d’habitation avec, en prime, une diminution de salaire de 20 ou de 30 %.
 

Des emplois qui, pour la plupart, ne correspondent même pas, à leur expertise et à leur compétence!
 

Sous peine de les priver et de leur interdire l’accès à l’assurance-emploi. Qui paie pour cette assurance emploi, sinon les travailleurs eux-mêmes.
C’est donc dire que le gouvernement fédéral vous prive impunément du fruit même de ce qui vous appartient. En d’autres mots, il se paye avec votre argent une loi sauvage l’autorisant à fourrer ses grosses mains calleuses dans vos propres poches pour vous soutirer le peu qui vous revient.
 

En plus de vous obliger à aller travailler jusqu’à 100 kilomètres de chez vous dans un emploi que vous n’avez même pas le privilège de choisir et pour lequel vous n’avez possiblement aucune expertise, voilà que monsieur «Work-o-polis» se donne une loi pour vous y contraindre et y ajoute la prérogative douteuse de vous refuser le produit de l’assurance que vous payez de votre poche. En matière de vol légalisé, on ne fait pas mieux! Une bonne gorgée de pétrole pour faire avaler tout ça, peut-être?!…

Est-ce qu’il va vous payer du kilométrage pour parcourir les 100 kilomètres qui vous sépareront de votre nouvel emploi «convenable» ou obligatoire? Ou est-ce qu’il va vous payer une allocation de chambre et pension si le transport vous coûte autant que le maigre salaire amputé de 30 % que vous toucherez?

À moins qu’il s’inspire du traitement réservé au gouverneur général, qui, le malheureux, va devoir payer de l’impôt, désormais!
Vu cette perte encourue dans les émoluments du pauvre représentant de la reine diamantaire, nos champions de la démocratie et de l’équité fédérales ont eu l’ingénieuse idée de hausser son salaire de cent trente-cinq mille (135 000 $) à deux cent soixante-dix mille dollars (270 000 $) par année. Eh oui, 100 % d’augmentation!

Qui va payer la différence? C’est très simple: les nombreux travailleurs saisonniers qui seront tenus par la loi d’accepter de 20 à 30 % de diminution de leur salaire pour aller occuper un emploi que le gouverneur général n’occupera jamais, pas plus que le brillant dirigeant qui veut fourrer dans la gorge des travailleurs une pareille loi ignoble.

Gardez-vous quelques dollars pour vous acheter de bons «sneakers» parce qu’il risque d’y avoir, dans un avenir rapproché, de plus en plus de gens qui marcheront dans les rues, non plus seulement contre l’augmentation des droits de scolarité, mais contre la diminution du salaire des travailleurs les moins bien rémunérés et contre les lois abusives de gouvernements qui décharnent les plus pauvres pour gaver les plus riches «par souci d’efficacité économique et de rigueur administrative»… mon œil!

Faudra voir où s’arrêteront la patience et la tolérance du bon peuple face à la gloutonnerie de l’État protecteur des grandes corporations.

Lafontaine n’écrivait-il pas: «Selon que vous serez puissants ou misérables – Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir!»