Un peu d’histoire

Par Pauline LeBlanc-Beaulieu
La Hêtrière

Il y eut la Déportation; des milliers d’Acadiens établis sur le littoral est du Canada furent chassés, mis en prison, et expatriés, en temps de paix, comme de mauvais sujets.
Il y eut le retour; soucieux de reprendre leurs terres désertées, sans en posséder les titres et souvent comme métayers, les survivants du Grand Dérangement se réapproprièrent des parties de l’Acadie d’avant.
Il y eut la renaissance; à force de courage, de patience et de conviction, la Nouvelle Acadie a jailli des marais de la Mésagouèche jusqu’aux côtes de la baie des Chaleurs et plus loin encore.
Et il y eut la reconnaissance; à peine une décennie après la grande crise économique mondiale, le nouvel archevêque de Moncton, Mgr L. J. Arthur Melanson, en 1938, émit l’idée de construire une cathédrale dans le diocèse de Moncton. Ce temple serait, d’après Mgr Melanson, un monument de reconnaissance du peuple acadien.
Pour réaliser ce gigantesque projet, on entreprit un dénombrement des familles acadiennes dans les trois provinces maritimes et dans la Gaspésie. On adressa 34 000 circulaires invitant chaque famille à faire un don. Le projet fut un succès.
Chaque pierre montée, l’une par-dessus l’autre, représente une famille acadienne. Cimentées solidement ensemble, elles témoignent de l’esprit patriotique d’un peuple reconstitué. Mais d’où provenaient-elles, ces pierres vert olive? De la carrière Boudreau, à Beaumont, dans la vallée de Memramcook. Mais qui étaient-ils, ces tailleurs de pierre, ces maçons? Les arrière-petits-fils des colonisateurs dispersés. Mais qui étaient-ils, ces généreux donateurs? Des Acadiens d’appartenance, vivant dans le diocèse de Moncton, pour un certain nombre de la Nouvelle-Angleterre, de plusieurs régions du Québec et d’autres parties du Canada. Vivant loin de l’Acadie, ils étaient persuadés de la valeur et de l’importance du monument de la reconnaissance.
Ce monument de la reconnaissance existe toujours aujourd’hui, cependant, le mortier qui a longtemps adhéré et maintenu la structure est-il en train de s’effriter? Remettons-nous en question notre esprit d’appartenance au grand projet acadien? La question se pose!