Gériatre unilingue: le gouvernement contrevient à sa propre loi

Jeanne Renault
Ancienne représentante du Commissariat aux langues officielles en Atlantique
Moncton

Les médias ont fait état depuis quelques jours de l’absence de services en français de la part du gériatre en service trois jours par mois, au Centre de vieillissement de l’Hôpital régional de Campbellton. Depuis cette semaine, ce premier gériatre a un nouveau collègue gériatre, à plein temps, également unilingue anglophone.

Le Nord a la population la plus âgée de la province. Une population âgée a besoin des services de spécialistes tels les gériatres. Jusqu’ici, les patients du premier gériatre étaient sur une liste d’attente de deux ans; les nouveaux patients attendaient trois ans. Vos spécialistes de la maladie d’Alzheimer et autres démences vous diront que ces maladies peuvent évoluer très rapidement.

Et voilà que le vice-président des services médicaux de notre Réseau de santé Vitalité, le docteur Neil Branch, nous dit que le nouveau gériatre embauché est très compétent. Est-on très compétent aux yeux du patient et de sa famille lorsqu’on ne peut s’exprimer dans leur langue?

Le Dr Branch nous dit que la situation actuelle n’est pas idéale. Il faut dire au Dr Branch que le mot idéal n’est pas le qualificatif approprié. L’absence de service en français contrevient à la Loi sur les langues officielles de la province. Il s’agit d’une question légale, de droits constitutionnels et non pas d’idéalisme.

Le Dr Branch ne le sait peut-être pas, mais chaque fois que le gériatre n’offre pas au patient le choix de langue, il contrevient à la Loi sur les langues officielles. Chaque fois que le gériatre ne fournit pas au patient un service dans sa langue, il contrevient également à la loi. Et ce n’est pas parce que le patient ou sa famille ne se plaignent pas que le gouvernement ne contrevient pas à sa propre loi.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, le Dr Branch nous dit qu’il vaut mieux avoir les services d’un spécialiste unilingue que de ne pas avoir de services du tout. Encore une fois, nous sommes placés devant ce choix: un service ou notre langue. Connaissez-vous des anglophones de cette province qui ont à choisir entre leur langue et un service? Connaissez-vous des anglophones à qui on offre des services de santé en anglais par l’intermédiaire d’un traducteur? On peut imaginer le tollé que cela produirait.

La ministre Madeleine Dubé de son côté nous dit que l’important, c’est d’avoir un service et que les gens y aient accès. On voit que la ministre et le Réseau de santé Vitalité parlent d’une même conviction.

Si on a cherché depuis des années un gériatre pouvant s’exprimer en français et qu’on ne l’a pas trouvé, peut-être faudrait-il chercher ailleurs et innover dans notre recherche. A-t-on pensé utiliser un moyen qui a déjà été employé dans les débuts de l’Hôpital Dr-Georges-L.-Dumont pour en faire l’hôpital qu’il est devenu aujourd’hui? Nos médecins-chefs d’alors approchaient des médecins en début de carrière pour les inviter à parfaire une spécialisation aux frais de l’hôpital ou de la régie de l’époque. Lorsqu’un problème important perdure depuis si longtemps, il faut sortir des sentiers battus si on veut le résoudre.

Et la question que nous renvoient les justifications fournies par notre Réseau de santé Vitalité, le principal responsable des services aux francophones est celle-ci: Si notre Réseau de santé Vitalité assume que les patients et leurs familles se satisfont d’un service unilingue anglais parce qu’ils ne se plaignent pas, on peut se demander pourquoi nous avons des dirigeants de soins de santé aussi peu soucieux du développement des services en français? Hélas, le Réseau de santé anglophone Horizon pourrait nous fournir la même justification.