Oublier le général Monckton

Robert Pichette
Moncton

Il est faux de prétendre, comme le fait Jules Boudreau (Acadie Nouvelle, le samedi 13 octobre, p.20), que l’Université de Moncton perpétue la mémoire de Robert Monckton en utilisant son patronyme, ce qui n’est manifestement pas le cas. La graphie est celle de la ville de Moncton, qui a sans doute le tort de ne pas se situer dans la Péninsule acadienne, et non celle du tristement célèbre général Monckton. Le père Clément Cormier, c.s.c., premier recteur de l’université et son fondateur incontesté, a clairement expliqué dans son historique de l’université les raisons du choix de ce nom. L’ancien premier ministre Louis J. Robichaud, qui peut être considéré à juste titre comme le cofondateur de l’Université de Moncton, s’est expliqué aussi sur le choix du nom. Il l’a même fait publiquement et par écrit dans feu L’Évangéline, contrairement à son habitude après avoir quitté les affaires. Il a aussi fait part de ses sentiments à Antonine Maillet, à l’époque Chancelière de l’Université et qui avait brièvement flirté avec l’idée d’un changement de nom. Monsieur Robichaud était particulièrement fier de cette lettre qui mettait les points sur les i et les barres sur les t. Il m’en avait fait lecture au téléphone depuis son bureau du Sénat, en ajoutant: «Je n’en changerai pas un mot!» J’en ai une copie.

Pour mémoire, Mr. Robichaud disait avec bon sens que le général Monckton était mort et enterré, Dieu sait où, mais que les Acadiennes et les Acadiens étaient revenus. C’est indéniablement une grande revanche sur l’histoire. Monckton serait bien étonné de constater, s’il revenait sur terre, que sa tentative d’éradication d’un peuple a échoué. C’est si vrai qu’il y a quelques années à peine, les trois principaux personnages de l’État au Nouveau-Brunswick, le lieutenant-gouverneur, le premier ministre et le juge en chef, étaient tous Acadiens et, qui plus est, tous trois diplômés de l’Université de Moncton! Sont-ce là les séquelles de la Déportation avec un D majuscule?

Le 50e anniversaire de fondation de l’Université de Moncton devrait être une année jubilatoire puisque l’Université de Moncton incarne non pas le passé, mais le présent et l’avenir. La création de l’Université de Moncton signalait que l’Acadie était «sortie du bois»; que la société acadienne revendiquait sa juste place. L’Université de Moncton est la personnification de la ténacité, de la résilience de notre société. Le temps est à la réjouissance et non à la morbidité ou à la délectation morose.

Laissons l’oubli s’occuper des cendres du général Monckton. Après tout, on est back venu, comme qui disions!