Le casse-tête de la carte électorale

Alain Otis
Dieppe

Périodiquement, la Commission de délimitation des circonscriptions électorales et de la représentation est aux prises avec le même problème: redessiner la carte électorale, la reconfigurer de la façon la moins mauvaise possible. Le travail n’est pas facile et le résultat rarement satisfaisant. Imaginez, il faut retirer des localités d’une circonscription pour les rattacher à une autre, verser des municipalités de langue française dans des circonscriptions de langue anglaise, prendre des quartiers urbains pour les fondre dans des circonscriptions rurales. Impossible de contenter tout le monde!

Faut-il vraiment s’imposer cet exercice? Oui. La carte électorale doit faire en sorte que le «poids» des électeurs soit le plus égal possible: un vote dans le Nord est égal à un vote dans le Sud, un vote en milieu rural est égal à un vote en milieu urbain.

Je ne cherche pas à nous soustraire à cette obligation, mais je voudrais que la tâche soit allégée, simplifiée. Je dis qu’il est temps d’envisager de faire du Nouveau-Brunswick une seule circonscription.

Ainsi, en 2012, au lieu de redéfinir les limites des circonscriptions, il s’agirait de déterminer le nombre de votes à obtenir pour faire élire les représentants de cette circonscription. Il y aura 49 représentants en 2012? Très bien. S’il y a 490 000 électeurs au Nouveau-Brunswick [chiffre fixé pour illustrer mon propos], chaque fois qu’un parti obtient, disons 12 500 votes, il fait élire un représentant. Les partis dressent une liste de 49 aspirants, dans l’ordre. Le chef de parti a le numéro 1, le plus humble des aspirants, le numéro 49. L’électeur vote pour une liste, selon le parti qu’il préfère.

Dans un système comme le nôtre, où l’exécutif et le législatif sont à l’Assemblée, la difficulté est de déterminer le nombre de représentants par rapport aux suffrages obtenus, soit traduire en sièges le plus équitablement possible les suffrages exprimés. C’est ce travail dont se chargerait la Commission. Il faudrait, en toute équité, s’assurer que le parti ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages ait suffisamment de représentants pour former un gouvernement.

Un tel système aurait des avantages évidents: plus de carte électorale, il s’agirait d’établir le nombre de représentants et le nombre de votes pour en faire élire un; chaque vote compte, puisque chaque vote exprimé contribue à faire élire un représentant; l’électeur vote pour le premier ministre, car choisir une liste veut dire choisir un parti et, donc, le premier ministre; la représentation est améliorée, car le parti met dans sa liste les représentants qu’il veut faire élire; les équilibres recherchés sont atteints plus facilement, par exemple hommes-femmes, francophones-anglophones, etc.; la représentation est dorénavant dans les mains du politique entièrement: le parti fait sa liste en fonction de ses valeurs et de ses objectifs – il peut mettre en bonne place des femmes, des Autochtones, etc. –, et l’électeur juge de la qualité de cette représentation en votant pour telle ou telle liste; la population a une meilleure idée de ce que sera son futur gouvernement, sachant que l’ordre dans la liste indique, dans une certaine mesure, qui sera assis à la table d’un éventuel conseil des ministres.