Un manque de respect

Par Rose-Hélène Lanteigne
Dieppe

J’admire le franc-parler de Lisa LeBlanc et je la félicite pour l’énorme succès (traduction chiaque pour les gens qui ne connaîtraient pas ou n’aimeraient pas le français standard: huge succès) qu’elle remporte en ce moment. J’aime sa voix forte et harmonieuse, quand elle ne la déforme pas en criant… question de préférence et de différence générationnelles. Mais je pense qu’elle progressera davantage dans sa carrière si elle s’ouvre aux critiques positives qui lui sont faites concernant la langue qu’elle utilise en parlant aux journalistes et au public.
Tout le monde s’entend pour dire que tout compositeur ou compositrice et interprète est libre d’utiliser son dialecte local dans ses chansons. C’est pourquoi des expressions comme «câlisse-moi là» ou «c’est d’la marde» sont bien reçues du public francophone en général. Tout comme l’étaient les mots d’argot dans les chansons de Renaud, le joual dans celles de Plume Latraverse, les mots et l’accent cajuns de Zachary Richard, etc. Cependant, quand une ou un artiste francophone s’adresse aux médias, donc à un large public, il ou elle sort de son trou (de son dialecte local) et devrait utiliser le français standard, le seul qui est commun à tous les francophones et compris de tous. Vouloir inverser la situation et tenter d’imposer son dialecte local (ici le chiac) aux francophones des autres régions est une grave erreur qui brise la communication. J’invite donc notre grande Lisa à imiter davantage Zachary Richard dans son effort constant d’éviter les anglicismes et de parler le plus correctement possible le français d’ouverture (standard) quand il s’adresse aux francophones d’ailleurs. C’est une marque de respect des autres et de soi. Mener une carrière internationale exige de quitter sa zone de confort en se renouvelant constamment, aussi bien sur les plans culturel et linguistique que musical.