Être fier de sa langue

Par Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent

Le commentaire de Donald Arseneau dans l’Acadie Nouvelle du 17 mai, intitulé «Service unilingue», devrait nous faire réfléchir, tous, francophones et anglophones de la province. En effet, tous y gagneraient si les livreurs de services s’affichaient dans les deux langues officielles et pratiquaient l’offre active dans le même sens.
Comment expliquer que les commerçants ne voient pas la chose du même œil? C’est qu’en réalité, ils n’y perdent pas grand-chose. Ils savent que la plupart des citoyens francophones acceptent de recevoir les services en anglais. Quelques touristes s’en scandaliseront peut-être, mais la grande majorité ne songera pas à porter plainte ou à s’adresser ailleurs.
J’ai toujours affirmé à qui voulait l’entendre que nous étions, nous-mêmes, les francophones, responsables de cette situation, qui, d’ailleurs, ne semble pas s’améliorer. Et la seule explication plausible que je vois à notre attitude est notre manque de fierté culturelle et linguistique.
J’ose utiliser une image forte pour illustrer mon point. À mon sens, quand j’accepte de recevoir un service en anglais au Nouveau-Brunswick, province officiellement bilingue, surtout dans une communauté à majorité francophone, je pratique une forme de prostitution: j’accepte de renier ma fierté et mon intégrité de francophone pour l’obtention d’un petit service, souvent non essentiel, que je paie, en plus. Et le vrai prix que je paie alors dépasse largement sa valeur monétaire. Plus grave encore, je fais aussi payer les autres francophones de la province et d’ailleurs.
Ajoutons que le principe de «prostitution» s’applique également aux commerçants francophones qui adoptent un nom de commerce anglais, qui affichent et offrent leurs services dans cette langue uniquement. Mus par l’appât du gain, ils vendent ainsi leur dignité et la nôtre, en plus de brimer nos droits linguistiques.