Saint-Isidore à 100 % dans la Péninsule acadienne

Il est de mon opinion personnelle qu’il est déplorable de voir à quel point les valeurs, voire les droits, des gens peuvent être brimés aussi facilement que l’ont fait les personnes siégeant à la Commission de la délimitation des circonscriptions électorales.

J’ai assisté, avec le reste du conseil municipal du Village de Saint-Isidore, à l’audience publique sur le rapport préliminaire du 2 mars à Caraquet. Notre maire, Oscar Roussel, y a alors présenté un mémoire qui démontrait clairement ce que les gens de la Péninsule acadienne comprennent bien: la Péninsule acadienne est une communauté d’intérêts et notre village en fait partie à 100 %.

Les points expliqués aux commissaires à ce moment étaient:

• Les gens du village de Saint-Isidore et des DSL de la paroisse ont des liens culturels et familiaux avec le reste de la population de la Péninsule.

• Nos enfants font leurs études secondaires à la polyvalente W.-A.-Losier de Tracadie-Sheila.

• Nous partageons des liens aux chapitres récréatif, sportif, culturel avec le reste de la Péninsule acadienne.

• Nos citoyens vont faire leurs achats à Tracadie-Sheila lorsque les commodités sont non disponibles dans notre village.

• Selon le rapport de Jean-Guy Finn sur la gouvernance locale de 2008, plus de 90 % de la population du village occupe un emploi dans la Péninsule acadienne.

• Les gens parlent et sont servis en français à près de 100 % dans notre village et dans la Péninsule acadienne.

• Les services qu’offrent à leurs citoyens la Ville de Tracadie-Sheila et le Village de Saint-Isidore sont souvent partagés.

• Les citoyens de Saint-Isidore fréquentent le centre hospitalier de Tracadie-Sheila pour les soins de santé et le service d’urgence.

• Le garage du ministère provincial des Transports situé à Tracadie-Sheila dessert le village de Saint-Isidore.

• La majorité des services gouvernementaux que fréquente la population de Saint-Isidore sont situés à Tracadie-Sheila ou dans la Péninsule acadienne.

• Le village de Saint-Isidore est intégré à part entière à la nouvelle Commission de services régionaux où nous participons au développement et à la livraison de services tels que l’urbanisme et la gestion des déchets solides.

• Le maire de Saint-Isidore est membre du Forum des maires de la Péninsule acadienne et discute des enjeux qui touchent notre région avec ses homologues des autres municipalités.
Comment peut-on entendre ces points et par la suite affirmer les propos suivants dans le rapport final sur le sujet:

«La Commission n’a pas eu connaissance d’éléments démontrant qu’il s’agit d’un cas justifiant le recours à la disposition sur les circonstances extraordinaires de l’article 12(4) de la Loi.»

Ou encore:

«La Commission est d’avis que, même si l’article 12(4) de la Loi lui confère un pouvoir discrétionnaire, elle est tenue de respecter l’esprit et l’intention de cette même loi et de ne pas abuser du recours à cet article ni de l’appliquer systématiquement à un grand nombre de circonscriptions afin d’avantager certaines régions ou certains groupes au détriment d’autres régions ou groupes de grandes tailles.»

Dois-je comprendre que d’assurer aux citoyens du village de Saint-Isidore une représentativité au Parlement qui partage leurs intérêts est considéré comme un abus à un pouvoir discrétionnaire?

De plus, le principal motif utilisé pour expliquer la nouvelle carte est le nombre d’électeurs inscrits par circonscription. En effet, si une circonscription a un nombre trop élevé par rapport aux autres circonscriptions, cela a pour effet de «diluer» le poids du vote de chaque électeur de ladite circonscription. En tant que conseiller en statistiques et recherche dans ma vie professionnelle, je comprends très bien ce point. Par contre, je comprends aussi que plusieurs facteurs doivent être considérés dans l’élaboration de toute formule ou méthode à un problème. J’aimerais donc poser la question suivante aux commissaires: Quel est le poids du vote d’un électeur qui ne se rend pas aux urnes?
Les citoyens de notre village auxquels j’ai parlé sont dévastés par votre décision. Il est clair qu’un désintérêt au système démocratique est à prévoir s’ils ne ressentent pas un sentiment d’appartenance à leur circonscription.

D’autre part, il est frustrant de lire dans votre édition du 3 mai que Jean-Guy Rioux se tape dans le dos en affirmant que la nouvelle carte électorale donnera à la population acadienne et francophone 16 circonscriptions francophones. J’aimerais comprendre comment quelqu’un qui, quelques années passées dans le cadre du Congrès mondial acadien, parlait d’unir la Péninsule acadienne peut aujourd’hui poser des gestes contraires à ses propos en dissociant le village de Saint-Isidore de la Péninsule.

J’ai donc grand espoir que les efforts déployés par l’AFMNB et la SANB porteront leurs fruits, et que les députés en Chambre se prononceront contre cette nouvelle carte.

J’aimerais mentionner que ces commentaires sont personnels et ne reflètent pas nécessairement l’opinion du conseil municipal de Saint-Isidore.

➣ René Doiron
Conseiller municipal, Village de Saint-Isidore