Le professeur et les tricheurs

Marc-André Villard
Moncton

C’est la saison de la collation des grades. Une occasion de se réjouir du beau travail effectué par les étudiants, leurs professeurs et la communauté universitaire dans son ensemble. Les familles célébreront avec raison cet événement qui souligne la persévérance de nos jeunes dans un contexte où les études demandent un grand effort financier et humain.

Parmi les étudiants qui fouleront l’estrade se cachent malheureusement certains tricheurs. Depuis toujours, quelques étudiants se soustraient aux règles lors d’évaluations, mais les derniers développements technologiques ont rendu plus difficile la détection de ceux et celles qui, par paresse ou par désir de performance, recourent à divers moyens pour passer outre aux règles du jeu.

Devant l’arsenal technologique dont disposent les étudiants, le professeur peut appliquer le règlement sur la fraude, qui lui permet de sanctionner les étudiants qui sont pris en flagrant délit. Or, ces derniers disposent également de nombreux recours qui leur permettent d’en appeler du jugement du professeur.

Pour avoir récemment dénoncé un cas de plagiat dans le cadre d’un travail universitaire que m’a remis un étudiant, j’ai pu prendre connaissance d’un processus complexe où le professeur se retrouve pratiquement au banc des accusés. Il s’agissait de la tempête parfaite: un étudiant finissant dont la graduation était compromise par un échec dans mon cours. Celui-ci a d’abord bénéficié d’un appel de la sentence de plagiat, qui fut maintenue. Il a ensuite demandé une révision de sa note finale, qui fut maintenue à E. Parallèlement, il a porté plainte contre moi pour abus de pouvoir. Dans tous les cas, l’étudiant a été entendu sans avoir à fournir de pièces justificatives autres qu’une lettre où il manifestait son insatisfaction. Fait intéressant, l’étudiant ne comprenait pas qu’il ne pouvait impunément copier et coller le texte d’un seul auteur et en faire les deux tiers de son travail de semestre. Il semblait sincère dans cette affirmation, n’ayant manifestement pas conscience du problème éthique que cela représente.

L’objet principal de cette lettre est de remettre en cause un système qui rend difficile la dénonciation des tricheurs par les professeurs, car leur jugement est systématiquement remis en cause par de nombreuses instances. De plus, les professeurs dénonciateurs doivent témoigner à répétition devant ces instances, comme s’ils avaient le fardeau de la preuve. Ces instances accordent, sur demande, une audience à l’étudiant qui se sent lésé, sans que celui-ci ait à fournir la moindre preuve de ce qu’il avance.

L’histoire se termine bien dans ce cas-ci: l’étudiant obtiendra son diplôme et sera félicité par tous, fort du sentiment que la dernière instance (le doyen) lui a donné raison et qu’il peut maintenant prétendre avoir effectué un travail honnête. Le perdant ici n’est pas le professeur, mais bien l’Université et la qualité du diplôme décerné par celle-ci. Il serait temps que l’on se penche sur cette situation aussi inquiétante qu’aberrante à une époque où on prétend viser l’excellence en éducation.