L’éducation «au profit» de qui?

Marilyne Gauvreau
Saint-Quentin
Étudiante à la maîtrise en
sociologie, Université d’Ottawa

En référence à la nouvelle stratégie de perfectionnement des compétences de la main-d’œuvre annoncée par le gouvernement Alward en début de semaine, nous constatons clairement que l’éducation en tant que processus de socialisation se conforme à la culture de consommation prédominante dans nos sociétés occidentales contemporaines.

Entendue comme un bien de consommation au service des grandes entreprises, l’éducation, y compris la formation professionnelle, est représentative des valeurs de la société industrielle avancée. À ce titre, les institutions éducatives sont désormais soumises à la logique de la maîtrise rationnelle, c’est-à-dire d’un encadrement restrictif. Celui-ci menace la formation d’individus autonomes au profit d’indicatifs de rendement et favorise, du même coup, la création de besoins qui assurent le maintien de certaines entreprises et bureaucraties en rehaussant leur prestige.

En portant une attention particulière au vocabulaire utilisé dans les articles publiés cette semaine à ce sujet, nous remarquons que les termes sont souvent associés aux valeurs de notre imaginaire capitaliste contemporain. Comme le souligne le président de la FÉÉCUM, Kevin Arseneau: «L’éducation c’est un bien public qui est transférable le restant de ta vie.» Tout à fait, dirais-je. Cependant, il est important de comprendre que l’éducation n’est pas seulement quelque chose de transférable, sinon nous obéissons au même raisonnement que le gouvernement Alward. J’ajouterais à la défense de M. Arseneau que l’éducation, au sens étymologique (ex-ducere), renvoie à un processus de socialisation et d’apprentissage qui guide l’individu à accéder à ses potentialités d’autonomie. Ce que propose le gouvernement Alward dans sa stratégie ne correspond évidemment pas à cette définition. Selon moi, nous devrions nous poser la question suivante quant à ce nouveau programme qui paraît, aux premiers abords, séduisant, mais qui, par ailleurs, est totalement digne d’un simulacre (une illusion créée volontairement): «L’éducation au profit de qui?»