Ma réponse à Roger Ouellette

Yvon Godin
Député d’Acadie-Bathurst

En réponse à la lettre ouverte du professeur Roger Ouellette («Affront», l’Acadie Nouvelle, 11 septembre 2013), j’aimerais apporter en tout respect quelques précisions quant à la position de mon parti, le Nouveau Parti démocratique, face à l’abolition du Sénat et à la protection des droits des minorités de langue officielle.

Tout d’abord, je ne vois pas ce qu’il y a de «démagogique» à défendre le droit d’une Chambre élue de faire son travail, qui est celui d’étudier et d’adopter des projets de loi au bénéfice de l’ensemble des Canadiens, et à ne pas permettre à des sénateurs non élus et non redevables de faire obstacle à la volonté démocratique populaire.

Les scandales actuels entourant certains sénateurs, autant libéraux que conservateurs, mettent en évidence le fait que ces personnes n’ont pas été nommées à la Chambre haute pour représenter les intérêts des électeurs, mais bien leurs intérêts propres et ceux du parti qui les a nommés.

Il en va de même pour la protection des minorités linguistiques. Où étaient ces sénateurs, qui soi-disant défendent les droits des minorités, lorsque le Sénat a bloqué mon projet de loi sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême? Où étaient ces mêmes sénateurs lorsque le gouvernement conservateur a aboli le programme de contestation judiciaire? Et qu’avaient à dire ces sénateurs lorsque les gouvernements libéraux et conservateurs mettaient successivement la hache dans le régime d’assurance-emploi, une attaque directe contre plusieurs communautés francophones minoritaires, particulièrement chez nous en Atlantique?

Au NPD, nous croyons que nous pouvons travailler à améliorer l’état de notre démocratie tout en trouvant des façons pour améliorer la représentation des minorités et en continuant à défendre leurs intérêts. Pourquoi s’acharner à maintenir une institution fondamentalement antidémocratique et qui coûte cher aux Canadiens au lieu de travailler par la voie démocratique des élus de la Chambre des communes? C’est exactement ce que le NPD fait, comme en témoigne l’adoption du projet de loi de ma collègue Alexandrine Latendresse sur le bilinguisme des agents du Parlement. Grâce à ce projet de loi, plus jamais un gouvernement ne pourra nommer un vérificateur qui ne parle pas et ne comprend pas les deux langues officielles.

J’ai déjà partagé ma déception et celle de mon parti face à l’issue du redécoupage électoral en Nouvelle-Écosse. Cette communauté, à l’image d’autres communautés francophones au pays, comme en Colombie-Britannique, se retrouve aujourd’hui dans une situation difficile, devant se défendre devant les tribunaux.

Dans son parallèle avec ma propre bataille pour ma circonscription, M. Ouellette oublie de mentionner que c’était sous le gouvernement libéral de Jean Chrétien que la Commission électorale fédérale du Nouveau-Brunswick avait recommandé qu’une partie de ma circonscription d’Acadie-Bathurst soit jumelée à la circonscription anglophone de Miramichi. Et c’est contre ce gouvernement que les membres de ma communauté et moi-même nous sommes battus devant la Cour fédérale.

Tous les jours, mon chef, Thomas Mulcair, mes collègues et moi-même nous prenons la défense des minorités linguistiques et des droits linguistiques au pays et proposons des solutions concrètes pour faire progresser nos langues officielles. Que ce soit la fermeture du seul centre de sauvetage maritime bilingue au Canada, les compressions perpétuelles à Radio-Canada ou encore les nominations de personnes clés unilingues, les néo-démocrates sont là et seront là.