La pauvreté démocratique

Trois longues années se sont écoulées depuis l’adoption de la Loi sur l’inclusion économique et sociale. Beaucoup d’eau est passée sous les différents ponts politiques et sociaux.
Les libéraux de Shawn Graham ont mordu la poussière en 2010, remplacés par les conservateurs de David Alward; le sous-ministre du Développement social, l’architecte derrière le plan, James Hughes, n’est plus à son poste. Le taux de chômage de 10,7 %, est le deuxième plus élevé des provinces canadiennes, le salaire minimum est de 10,00 $ l’heure, mais n’est pas indexé au coût de la vie, et la grande majorité des assistés sociaux n’ont pas reçu d’augmentation de leur taux de base depuis 2008.
La Société d’intégration économique et sociale (SIÉS), responsable de la mise en place du plan provincial de réduction de la pauvreté, a annoncé, après seulement trois années d’existence, qu’elle veut renouveler son mandat et entend consulter la population. Le processus proposé doit s’accomplir en quelques mois, donc il y a lieu de nous demander si l’empressement n’est pas dû au fait que le gouvernement Alward doit aller aux urnes en septembre 2014 et qu’il a besoin de démontrer qu’il a agi sur différents fronts.
La consultation comprendra deux phases au lieu de trois. La première, de seulement trois semaines et demie, calquée sur le modèle de 2009, sera constituée de séances de dialogue publiques ou plus précisément des tables rondes, fermées aux médias. On pourra aussi commenter en ligne, évidemment. La deuxième phase sera l’étude des commentaires et suggestions des participants par un comité de la société de la Couronne qui proposera des actions au conseil d’administration.
Il nous semble important, avant d’entreprendre une série de consultations publiques, que la SIÉS fournisse une évaluation des actions mises en place depuis trois ans, afin que le public ait une idée de ce qui a été fait et puisse décider si ces actions ont aidé ou pas à réduire la pauvreté.
Comment peut-on demander aux citoyens de participer à ce processus de consultation s’ils n’ont pas en main les bons outils?
Selon moi, une vraie consultation publique présuppose la publication d’un document de discussion traçant le portrait de la pauvreté et rappelant les initiatives pour réduire la pauvreté et leurs résultats. Elle devrait aussi aboutir à des propositions d’actions concrètes.
Une véritable consultation publique comprendrait 12 assemblées publiques d’une journée, ouvertes aux médias, pendant lesquelles le document de discussion serait débattu, modifié et adopté. Une partie de la journée serait réservée à l’élaboration d’actions pour les cinq prochaines années. À la fin, l’assemblée choisirait deux personnes pour siéger à un comité provincial qui examinerait les propositions d’action provenant des 12 réunions publiques et des commentaires reçus sur le site web. Le rapport de ce comité provincial serait rendu public, pour donner la chance à tous d’y réagir. Ce n’est qu’après ce processus démocratique que les recommandations finales seraient soumises au conseil d’administration de la SIÉS.
Si on est sérieux à vouloir réduire la pauvreté, il faut avant tout augmenter le revenu des gens qui vivent en situation de pauvreté. Il ne sert pas à grand-chose de mettre en place des services si les personnes ont le ventre creux. Il faut, entre autres, prévoir des augmentations du salaire horaire minimum de 0,25 $ par année pour les quatre prochaines années. Il faut augmenter de manière significative les taux de base des personnes recevant l’aide sociale.
Conjointement à la diminution de la pauvreté monétaire, il faut mettre en place des programmes publics pour l’ensemble de la population, mais qui aideraient grandement les gens pauvres. Le gouvernement a déjà instauré le programme De beaux sourires et une bonne vision, un régime de soins dentaires et de la vue pour les enfants de familles à faible revenu. Il étudie présentement la mise en place d’un programme pour médicaments d’ordonnance pour au-delà de 150 000 non-assurés. Je considère que ce sont des programmes publics de ce genre qui vont faire une vraie différence dans la vie quotidienne des gens en situation de pauvreté. Un programme public de déjeuners, un système public de garderie et un programme public de soins à domicile sont d’autres initiatives essentielles dans la lutte pour la réduction de la pauvreté.
La pauvreté est un fardeau pour n’importe quelle société. En 2011, le Centre canadien des politiques alternatives a quantifié ce fardeau pour le Nouveau-Brunswick; un demi-milliard de dollars par année, dont 196 millions $ en soins de santé seulement.
Ce chiffre ne donne pas une idée de la souffrance et du désespoir que des milliers de personnes vivent quotidiennement lorsqu’elles sont en situation de pauvreté.
La lutte contre la pauvreté doit donc devenir une priorité pour les décideurs et surtout un enjeu dans les prochaines élections provinciales.

Jean-Claude Basque
Moncton