Couverture douteuse

Par Marc-André Villard
Moncton

Je ne suis pas journaliste. En revanche, à titre de consommateur d’informations, voici une opinion que j’aimerais partager. La couverture de ce qu’il convient d’appeler «l’affaire LaPierre» soulève selon moi d’importantes questions au sujet de la pratique journalistique actuelle. Mon but n’est pas de défendre un ancien collègue ni de le condamner. Je me désole simplement de constater l’acharnement dont font preuve certains journalistes et chefs de pupitre et du désir de sensationnalisme qui les anime souvent. Bien sûr, il était important que cette histoire éclate au grand jour et on peut remercier les journalistes ainsi que leurs sources, dans ce cas-ci. Néanmoins, pourquoi avoir écrit à la une que cette histoire entache la réputation de l’université sous la photo du recteur, alors que son propos était justement d’indiquer qu’il s’agit d’un cas isolé? L’Université de Moncton doit répondre de ses actes face à la communauté qu’elle dessert. Soit. Mais de là à sous-entendre que les mensonges de l’un de ses professeurs retraités portent un coup dur à l’institution, il y a un pas que certains franchissent allègrement. L’erreur du professeur LaPierre est grave et il devra en assumer les conséquences. Par ailleurs, il est intéressant d’observer que les journalistes n’ont pas pris le temps de vérifier ses compétences lorsqu’il a pris position dans le dossier du gaz de schiste. Une simple recherche sur Google Scholar aurait révélé que monsieur LaPierre n’est auteur d’aucune publication scientifique dans ce domaine ni dans des domaines connexes. Louis LaPierre a été engagé bien avant mon arrivée et jusque-là ses prises de position reflétaient généralement des consensus dégagés par des groupes d’experts qu’il invitait à se prononcer. Or, bien que son expertise ne fût pas toujours suffisamment pointue, il se contentait généralement de résumer les conclusions des groupes qu’il réunissait avec, il faut bien le dire, un certain talent.
Et la réputation de l’Université de Moncton dans tout ça? Je ne crois pas qu’elle soit intacte. Toutefois, je peux témoigner du fait que la vérification des dossiers est plus rigoureuse qu’elle ne l’était auparavant et je peux rassurer les lecteurs quant au sérieux du processus d’embauche: les imposteurs seraient vite démasqués. Y a-t-il de la place pour plus de transparence? Sans doute, par exemple en permettant aux journalistes qui le désirent de consulter le rapport des comités de sélection faisant état des critères liés au poste et incluant, du moins en sciences, le classement des candidats en fonction de ces critères. Dans ce cas, il faudrait évidemment prendre les mesures nécessaires pour préserver l’anonymat des candidats.