L’Acadie en deuil existentiel?

Par Léon Robichaud, prêtre retraité
Shippagan

De retour après 50 ans d’absence, mon Acadie a bien changé. Son mode de vie pousse à la déprime. Les repères stables brillent par leur absence.

Je pense au travail. On y passe l’essentiel de sa vie. Présentement, on est condamné à prendre la route de l’Ouest, à changer de boulot comme des objets jetables. Même la politique nous échappe. La démocratie s’est désenchantée, l’espérance collective s’efface. L’individu cherche à combler son vide par la surconsommation d’objets matériels. La consommation excessive est une drogue qui ne porte pas son nom.

Je pense à la famille. Elle est pourtant une institution indispensable à la croissance humaine. Même en Acadie, la famille s’est diversifiée. Les penseurs nous disent qu’il y a plusieurs modèles de famille. Peut-être? Surtout, ne cherchons pas à dissimuler le passage d’une famille sécuritaire à celle que je vois naître et qui semble être, une source d’angoisse. Le repère stable de la religion s’effrite. On se met à croire n’importe quoi pour avoir le sentiment qu’on donne un sens à sa vie. Facebook est devenu la religion du sortir de soi, du contact humain. Ce sont des contacts vides, désincarnés où on y trouve sa propre solitude.

Il me semble que c’est en renouant avec de vieilles vertus que nous pourrons revenir à l’essentiel d’une vie harmonieuse et stable.

Les vieilles vertus, ce sont la foi en l’avenir, la sobriété, le respect de l’autre, la justice, le sens de la communauté; l’amitié, la reconnaissance et la solidarité.

Le 31 octobre 1948, l’avocat Albany Robichaud, lors de la bénédiction de la pierre commémorative du futur couvent de Shippagan, dans son discours résuma l’essentiel des vieilles vertus susceptibles d’aider l’Acadie à se maintenir debout: «La survivance d’une race repose dans la conservation précieuse et jalouse de sa foi et de sa langue. Nos ancêtres, vaillants Acadiens de 1755, l’avaient cette foi de leurs pères; et de leur belle langue française, patrimoine de la Vieille France, ils l’ont défendue jusqu’à verser leur sang. Pour la défense de leur foi et leur langue, ils ont combattu, ils ont tout sacrifié, ils ont été séparés les uns les autres. La triste histoire de la Déportation écrite en lettres de sang, voilà le patrimoine que nos ancêtres nous ont légué, accompagné d’une belle leçon: protégez votre foi, défendez votre langue.»