La géographie, au-delà des capitales

Par Anouk Utzschneider
Géographe du domaine de la santé
Moncton

En cette semaine d’Éveil à la géographie (parrainée par le National Geographic), la géographe que je suis a eu envie de se lever, de mettre son poing sur la table et de déboulonner quelques mythes au sujet d’une discipline méconnue et surtout mal comprise.

Encore récemment, une personne du domaine de l’enseignement supérieur me lançait: tu enseignes la géographie à l’université? Tu dois bien connaître tes capitales! Quand on est géographe, c’est certainement la mauvaise blague qu’on entend le plus souvent. Vous voulez vraiment savoir si je connais bien les capitales? Pas trop mal, mais j’en ai oublié plusieurs depuis que j’ai suivi le cours de Carte du monde durant la première année de mon baccalauréat en géographie, il y a 17 ans. Parce qu’après avoir effectivement appris les capitales, j’ai aussi appris à identifier les types de sols, de roches et de végétation. J’ai appris à «lire» le paysage qui m’entoure, à comprendre pourquoi, comment et depuis quand les montagnes se trouvent là où elles se trouvent, pourquoi certains cours d’eau sont sinueux et d’autres droits, pourquoi des sols sont sableux et d’autres non. J’ai aussi appris comment les populations évoluent, comment les individus se déplacent sur le territoire, comment la politique modifie la géographie mondiale. J’ai appris comment représenter tout cela sur des cartes et à l’intérieur de systèmes d’information géographique. Mais, surtout, j’ai appris à faire des liens entre toutes ces choses. Car, en réalité, peu d’enjeux ne possèdent que des dimensions physiques, ou que des dimensions humaines. Et, en vérité, peu de professionnels ont les connaissances nécessaires pour lier les aspects physiques et humains de tous ces enjeux. Mais c’est en fait l’une des principales forces des géographes.

Alors pourquoi ne voit-on que rarement des gens s’affichant comme géographes ou même des postes de géographes me direz-vous? Parce que les géographes sont partout, et que leurs titres professionnels sont multiples. Je n’ai encore jamais croisé de «spécialiste en capitales», mais je connais plein de géographes comblés qui travaillent en aménagement du territoire, en gestion environnementale, en systèmes d’information géographique, en télédétection, en politique, en météorologie, en enseignement et en recherche. De bons postes, avec de bons salaires.

Et si vous voulez apprendre les capitales, et bien…n’importe quel atlas fera l’affaire.