Un documentaire à voir

Par: Sébastien Lord-Émard
Moncton

À peine sorti de la projection du documentaire de Paul Bossé, Les Sceaux d’Utrecht, à la Salle Bernard-LeBlanc du merveilleux Centre culturel Aberdeen de Moncton, encore ému et secoué de ce que j’ai vu, je me dois de prendre quelques minutes afin de mettre mes idées en ordre, d’analyser ce que je viens de vivre, et de me «radorser».

Ce film est produit par des gens d’ici, Mozus Productions et ICI Radio-Canada Acadie, présenté grâce au FICFA, réalisé par un des artistes les plus brillants des deux dernières décennies à Moncton, le cinéaste et poète Paul Bossé, et mettant en scène des artistes et des historiens de haut niveau, au premier chef le rappeur autochtone Samian, mais aussi l’auteure Françoise Enguehard, le professeur Gregory Kennedy, le sociologue Serge Bouchard, etc… La liste est longue, et fait le pont entre plusieurs provinces, plusieurs peuples, afin de nous raconter les enjeux derrière le Traité d’Utrecht de 1713, un des événements les plus importants dans notre histoire à nous, en Acadie, mais aux répercutions mondiales et méconnues.

Paul Bossé a réussi un véritable tour de force, usant de diverses techniques des plus modernes, mais aussi de classiques (comme le clin d’œil à Georges Méliès, lorsqu’il filme à travers un aquarium Samian en train de rapper, exactement comme dans le film Le Voyage dans la Lune, de 1902!). Entre un tableau sublime du peintre Mario Doucette et les images choquantes des manifestations de Rexton l’an dernier, nous sommes littéralement bombardés d’incessantes sources de réflexion, de contemplation, de découverte et d’humour.

Est-ce un chef-d’œuvre? Je ne suis pas un spécialiste pour me prononcer. Mais, nonobstant les agaçants sous-titres anglais (agaçants parce que les entrevues en anglais n’étaient jamais sous-titrées en français, elles, ce que je déplore, car le bilinguisme que je promeus est égalitaire, pas à sens unique), je suis béat d’admiration devant le résultat de ce travail d’orfèvre cinématographique. À voir à la télé bientôt… Mais rien ne vaut la projection en salle, sur grand écran. Surtout lorsque l’équipe de production nous fait survoler les paysages de la Terre-Neuve, de la Mi’kmaki ou du Grand Nord.

Il faut voir ce film, extrêmement bien documenté, pour comprendre d’où nous venons; pas seulement nous, en Acadie, mais les Québécois et les autres peuples qui vinrent après, et qui exploitèrent les ressources (morues, pelleteries, maintenant pétrole et gaz) jusqu’à épuisement, jusqu’à tuer, jusqu’à déporter (Premières Nations et nous, Blancs à «motché» métissés d’Acadie), jusqu’à nier… Tout ça, grâce aux satanés sceaux du traité d’Utrecht. Bien des gens (dont beaucoup trop d’intellectuels québécois et canadiens-anglais) auraient besoin de visionner ce film afin que leurs préjugés, leur ethnocentrisme et leur ignorance en soient, quelque peu, bousculés. Bravo!