Les jours coulent comme un fleuve qui, inlassablement, s’étire vers la mer. Certains diront qu’il traine les francophones en son lit pour les abandonner à l’usure du temps. D’autres soutiennent plutôt qu’il s’agit d’une belle eau vive porteuse d’avenir parce que nourrie d’idéaux et d’espoir. Comment trancher? Pas facile. Il doit bien se trouver quelque part entre les prophètes de malheur et les optimistes à tout crin, une sorte de vérité sans absolu, faite d’un peu de tout: goût de vivre, échecs et réussites.

Très loin des ramasseurs de chiffres qui nous martèlent le cerveau à coup de statistiques déprimantes, tous aussi distants des augures politiques qui chacun de leur côté prédisent soit la fin ou le commencement, il y a eu d’abord ces descendants de Français et de Québécois. La famille s’est élargie et continue de le faire. Des Haïtiens, Africains, Européens et autres néo-canadiens en font désormais partie.

Ils rament souvent à contre courant pour vivre et transmettre leurs traditions, leur langue et leur culture. Certains y parviennent, d’autres abandonnent.

Ils vivent dans ce que l’on appelle, peut-être à tort, le Canada anglais, ce pays dont ils se veulent pourtant citoyens à part entière. Parmi eux, il y a les militants. Ils font de la sauvegarde du français le combat de leur vie. Il y a ceux qui ont pris une autre voie, celle que la vie leur a montrée au hasard des rencontres, des passions, et bien sûr de la quête d’un gagne-pain.

Être d’abord bien en vie

Quand on parle d’eux, ces francophones, on tend à oublier le caractère propre de chacun et la marque que la victoire qu’ils ont dû remporter contre une nature souvent austère a laissée sur eux. Les ancêtres avaient deux luttes à mener. Il leur fallait d’abord assurer leur subsistance. Par la force des choses, la survie de l’héritage culturel devait parfois passer après les coups de bêches et le marchandage du fruit de leur labeur.

Est-ce une concession? Non. Pour que sa langue soit vivante, il faut d’abord être soi-même bien en vie. Or, ceux qui ont quitté le Québec ou leur pays d’origine ne l’ont pas fait pour aller mourir ailleurs. Ils sont sans doute partis pour les mêmes raisons qui motivent les départs aujourd’hui : soit parce que son pays ne peut plus nous faire vivre, ou parce que l’on a le gout de l’aventure.

Leurs descendants, autant sur les plans individuels que communautaires, ont un passé et un présent qui leur sont propres. Pourtant, on les confond souvent, un peu comme si l’on observait une soupe homogène dans l’attente de savoir comment elle va tourner, prédisant la chute ou le triomphe.

On fait souvent allusion aux Québécois et aux autres pour distinguer les survivants des futurs naufragés, commode hyperbole pour les fossoyeurs. « Hors du Québec, point de salut » « Les cadavres encore chauds ». Il y a des fois où l’esprit aime se satisfaire de formules simples. Hélas. Car ces « autres » n’ont pas tous mis le cap sur le récif qui va les perdre. S’il y en a parmi eux qui ont capitulé, il s’en trouve encore, nombreux, pour défendre jalousement leur langue et leur culture autant au plan collectif qu’individuel.

On ne peut pas, non plus, tous les loger à la même enseigne du seul fait qu’ils aient en commun de parler français et de vivre hors Québec. N’allez pas dire à un Fransaskois qu’il est Franco-ontarien, ni à un Acadien qu’il est Franco-albertain. La mise au point sera courtoise mais immédiate. Non pas parce que ces francophones se méprisent mutuellement. Non! C’est plutôt parce qu’ils tiennent à leur histoire et à leur identité. Ceci étant, il ne faut même plus songer à les définir exclusivement par leurs traditions et leur passé, car ces vieux points de repère ne tiennent pas compte des Néo-Canadiens.

Où qu’ils se trouvent au Canada, ils continuent de vivre en tant que peuple, bien que plusieurs d’entre eux s’assimilent. Ils deviennent Canadiens, sans plus. Cette tragédie pour les défenseurs de la cause n’est souvent que l’évolution normale d’êtres humains qui s’adaptent à leur milieu en adoptant conventions et langue d’usage.

Cela dit, la francophonie dans ce pays est toujours bien vivante, complexe mais dynamique. La seule existence du journal que le lecteur tient entre ses mains le démontre. Elle a son histoire, elle dispose d’un territoire et veut un avenir.

 

Réjean Paulin

Francopresse

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