L’Acadie Nouvelle, dans son édition du 20 août, rapportait que le gouvernement provincial avait lancé un appel afin de voir si des entreprises seraient intéressées à devenir «le seul partenaire du gouvernement» pour la prestation des services de traduction.

À l’heure actuelle, le premier fournisseur, le Bureau de traduction, traite 40 p. 100 de la demande tandis qu’une quarantaine de fournisseurs se chargent du reste. S’il n’y avait qu’un seul partenaire, la même distribution, 40 p. 100 pour le Bureau, 60 p. 100 pour le fournisseur unique, serait-elle maintenue? Serait-on alors tenté d’aller encore plus loin et de faire disparaître le Bureau de traduction? La question se pose. Le gouvernement, s’il a des idées là-dessus, se garde bien d’en faire part.
Dans la situation où croupit le Nouveau-Brunswick, il ne faut pas s’étonner que l’on cherche des solutions de tous les côtés. Cette recherche, si nécessaire soit-elle, ne devrait pas nous placer en face de choix discutables, pour ne pas dire inacceptables. Le bilinguisme dans les autobus scolaires en est un exemple éloquent. C’est très vendeur de dire: «Tout est sur la table!», mais il faudrait chercher à savoir ce que comporte telle ou telle voie avant de lancer des idées, idées qui trouveront toujours un porteur quelque part. Après tout, le Bureau de traduction est la pièce maîtresse de la politique de bilinguisme du gouvernement du Nouveau-Brunswick, est-ce qu’on joue aux dés avec une pièce maîtresse?
Certes, une entreprise serait capable de traduire à la place du Bureau de traduction, personne n’en doute, mais une entreprise n’est pas capable de jouer le rôle du Bureau. Dans une administration provinciale ou fédérale, traduire ne se limite pas à produire des textes dans une autre langue, ce dont est évidemment capable toute entreprise de traduction et même le petit service interne dans un ministère à qui on fait faire la traduction au jour le jour. Le Bureau de traduction à un rôle dans la promotion du français au Nouveau-Brunswick, dans la diffusion du français dans l’appareil provincial, dans la préparation de la relève en traduction et dans la promotion d’une langue de qualité. Ce ne sont pas là les rôles d’une entreprise et ce ne sont pas là non plus des objectifs que se donne une entreprise dont la raison d’être est de faire des profits. Pourtant, ce sont exactement des rôles qu’a et que doit avoir le Bureau de traduction de la seule province officiellement bilingue au Canada.
Faire appel à un fournisseur unique comporte un risque, celui d’envisager la traduction comme une fonction mécanique qui se réduit à faire passer un document de l’anglais au français. La traduction, au Nouveau-Brunswick, c’est bien plus que ça et on ne peut se payer le luxe de la faire n’importe comment. Le premier ministre Louis St-Laurent disait: «S’il vaut la peine de faire la traduction, il vaut la peine de bien la faire.» Le gouvernement du Nouveau-Brunswick ferait bien de s’en inspirer.

Alain Otis
Dieppe

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