Le triste sort du français dans l’administration fédérale

La traduction dans la fonction publique, fédérale et provinciale, est depuis quelque temps dans l’actualité. On fait valoir que la qualité des traductions, déjà mise à mal par la réduction du nombre de traducteurs, le sera encore plus par l’implantation d’outils technologiques censés traduire à leur place. Parlons de traduction, très bien, mais parlons aussi de langue, car dans ce domaine, la traduction n’est que la pointe de l’iceberg.

Il n’est jamais inutile, surtout chez nous, de crier haro sur les traductions moches. Il faut cependant savoir que ces traductions en disent long sur le statut de la langue. Qui peut croire que le français a vraiment sa place dans l’administration quand des traductions d’aussi piètre qualité nous sont littéralement crachées au visage? Ceux qui nous rebattent les oreilles avec la place du français et la traduction, pièce maîtresse du bilinguisme, sont vraiment des farceurs qui veulent nous faire croire que le français joue un rôle utile, non?

Sait-on que les textes rédigés en français, pourtant langue officielle au Canada et au Nouveau-Brunswick, ne comptent que pour 15, voire 10 % de toute la traduction faite? Sauf dans les domaines législatif et parlementaire, où le français est obligatoire, fait-on traduire en anglais? On donne des «machines à traduire» aux fonctionnaires. Ces machines, elles vont traduire dans quel sens, pensez-vous? Poser la question, c’est y répondre… À quand la touche «Traduction» sur le clavier des ordinateurs pour que tout se fasse encore plus facilement?

On traduit depuis longtemps au Canada et même si on a accordé un peu d’attention à la langue de la minorité, bien peu de textes en français passent par la traduction. Avec ce qu’on veut faire maintenant, restera-t-il une miette de français à mettre en anglais? Peut-on penser plutôt qu’on n’aura que de l’anglais, traduit de toutes les sources imaginables?

Distribuer ainsi des «machines à traduire» équivaut à donner l’instruction expresse de travailler en anglais. On aura de la traduction machine dans 99 % des cas et le français ne sera jamais langue de rédaction, toujours langue de traduction. Y aura-t-il un fonctionnaire qui rédigera en français et traduira dans l’autre sens, histoire de montrer aux anglophones quelle soupane est servie aux francophones? La seconde langue officielle au Canada et au Nouveau-Brunswick ne sera qu’une régurgitation de «machine à traduire».

Plutôt que de chercher à tout traduire en français, il faudrait valoriser l’usage du français, ce qui n’a jamais vraiment été fait. Travailler en français et traduire à partir du français, voilà qui assure au français sa qualité de langue officielle. Pourquoi prendre des mesures propres à faire en sorte que dans les faits, nos administrations fonctionnent en anglais et ne servent que de la traduction, au surplus mauvaise, aux fonctionnaires aussi bien qu’à la population en général?

Le Bureau de la traduction veut-il nous fournir une preuve que s’il y a toujours deux langues officielles au Canada, l’une est bien plus officielle que l’autre?

Alain Otis
Dieppe

Matthieu LeBlanc
Dieppe

Denise Merkle
Moncton