L’hépatite C: l’épidémie que le Canada pourrait vaincre

Le 28 juillet est la Journée mondiale contre l’hépatite; c’est une bonne occasion de se rappeler que les vies de Canadiens sont inutilement menacées par l’hépatite C en raison d’un manque de connaissance de la maladie et d’obstacles dans l’accès aux traitements.

Une nouvelle recherche récemment publiée dans The Lancet révèle que «l’hépatite virale est l’une des principales causes de décès et d’invalidité dans le monde». Au Canada, on estime que plus de 330 000 personnes ont l’hépatite C – soit un Canadien sur 100. Et ces vies sont en danger, car une proportion estimée à 44 pour cent des personnes vivant avec l’hépatite C au Canada ne sont pas au courant de leur maladie. Cela est dû au fait qu’il est possible d’avoir l’hépatite C sans aucun symptôme visible pendant 20 ans ou plus – une tragédie, car le virus est une cause importante de cirrhose et de cancer du foie.

Les Canadiens doivent savoir qu’il est important de se faire dépister pour l’hépatite C. Grâce à des percées médicales récentes, l’hépatite C peut à présent être guérie en aussi peu que huit à 12 semaines, dans la plupart des cas; et le traitement n’est pas difficile.

Informer les Canadiens sur la réalité de la vie avec l’hépatite C, et le fait qu’on peut maintenant en guérir, est crucial au progrès de notre pays vers l’objectif de l’Organisation mondiale de la Santé et afin de «travailler à mettre fin à l’hépatite en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030» comme l’affirmait récemment la ministre de la Santé du Canada, Jane Philpott.

L’engagement du Canada à cet objectif mondial est louable. Or, pour y arriver, le Canada a besoin d’un plan national pour vaincre les principaux obstacles à une réponse efficace à l’hépatite C. L’objectif deviendra plus facilement réalisable si un plus grand nombre de Canadiens connaissent ce «tueur silencieux» et si l’on améliore l’accès aux traitements.

Un des facteurs clés de l’accessibilité est le coût. Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux doivent négocier avec les sociétés pharmaceutiques afin de réduire le coût des médicaments, qui peut atteindre 80 000$. À l’heure actuelle, les personnes admissibles au traitement sont celles dont la maladie a déjà atteint un certain stade – habituellement une infection en phase avancée. Or plusieurs professionnels des soins de santé prônent l’abolition de ce critère. Ils demandent également un accès accru aux traitements contre l’hépatite C pour les personnes incarcérées, une population où les taux d’hépatite C sont particulièrement élevés. On signale par ailleurs des enjeux liés à la stigmatisation et des obstacles structurels aux traitements dans les populations particulièrement affectées par l’hépatite C – communautés autochtones, immigrants et nouveaux arrivants originaires de pays où l’hépatite C est endémique, et personnes qui s’injectent des drogues.

L’engagement du gouvernement fédéral à l’éradication de l’hépatite C d’ici 2030 est admirable. Mais une somme considérable d’éducation du public et de changements aux politiques est nécessaire afin que cet objectif devienne réaliste.

Laurie Edmiston

Directrice générale
CATIE, la source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C