L’action parle plus fort que les paroles

Le 11 août, à Moncton, avec mon ami Arsène Richard, j’ai assisté à la réunion publique organisée par l’Anglophone Rights Association of New Brunswick.

Au tout début de ce rassemblement public qui avait été annoncé pour le bénéfice des anglophones et même des francophones, il y avait dans la salle une tension évidente. Certains membres de ce groupe anglophone se sont fortement opposés à la présence des médias en utilisant des remarques très agressives. Puis, le ton a changé et l’équipe de tournage est venue.

Dans l’énoncé de leur mission, je vois un certain degré de noblesse, mais je suis sceptique quant à la sincérité de son contenu. Pour le bénéfice des lecteurs, la mission se lit comme suit: «Pour protéger et promouvoir les droits et les intérêts des citoyens anglophones du Nouveau-Brunswick, tout en respectant les droits de toutes les autres communautés linguistiques».

Ai-je dit manque de sincérité? Jugez-en par vous-même. En effet, au cours de cette séance animée, on nous a présenté une pétition suggérant que la Ville d’Ottawa ne devrait pas devenir bilingue. Plusieurs – et avec engouement – y ont apposé leur signature. J’ai catégoriquement refusé de signer, car je crois profondément dans la bilinguisme tant au pays que dans ma province. Comment croire, alors, en leur sincérité par un tel geste?

Depuis toujours, j’ai soutenu qu’une société civilisée et démocratique n’avait pas à se soucier de ses droits. Normalement, ce fardeau tombe sur ses minorités. Et l’histoire jugera très sévèrement une société, non par le traitement dont elle aura traité sa majorité, mais par la façon dont aura traité ses minorités!

Contrairement aux politiques de l’ancien parti Confederation of Regions, ce nouveau groupe prétend accepter de bon gré le bilinguisme, mais pas la dualité. Dans cet énoncé, je vois encore une contradiction évidente. La dualité est justement un moyen pour empêcher le contrôle d’un groupe par rapport à un autre. Ainsi, chaque groupe contrôle sa destinée culturelle, sociale et linguistique sans être à la merci de l’autre.

Un orateur a déclaré qu’il ne faut pas blâmer les francophones pour les frustrations sociales existant au sein de la population anglophone. De son propre aveu, la faute revient au gouvernement et à la manière dont sont administrés les lois linguistiques et le système éducatif.

Chez la population anglaise, soutient-il, il n’y a pas assez de gens parfaitement bilingues, ce qui les empêche de solliciter et d’obtenir les emplois exigeant le bilinguisme. Il blâme donc le gouvernement et le système. Peut-être devrait-il faire plus d’introspection. Si seulement 16% des anglophones du Nouveau-Brunswick sont bilingues, pourquoi devrions-nous critiquer la population française, qui, toujours selon lui, a atteint un niveau de 91%?

Sur une base régulière, et surtout du côté de nos compatriotes, combien de jeunes du Nouveau-Brunswick et leurs familles lisent les journaux, livres, revues rédigés en français ou écoutent la télévision ou encore la radio autre que la leur? On ne peut pas blâmer seulement le gouvernement ou le système. Comme le dit si bien le proverbe: il faut tout un village pour élever un enfant.

Un autre orateur a véritablement exprimé l’esprit du mouvement en utilisant des remarques discriminatoires et inflammatoires envers le peuple du Québec. En l’écoutant attentivement, j’avais l’impression entendre Donald Trump. Au lieu d’attaquer les Mexicains et les musulmans, il s’acharnait contre les francophones québécois. Selon ses déclarations, ils sont responsables du haut taux de chômage au Nouveau-Brunswick. Ils occupent nos emplois bilingues et par ce fait ils doivent être empêchés de venir travailler ou de s’établir chez nous. Devrions-nous alors construire un mur entre le Québec et le Nouveau-Brunswick?

À mon humble avis, ces paroles honteuses et très malveillantes me suffisent et me convainquent que cette association projette les mêmes croyances linguistiques que celles projetées par tous les groupes anti-bilingues précédents.

Au Canada, tout le monde a la liberté de poser sa candidature pour n’importe quel emploi, que ce soit au Québec, en Alberta ou ailleurs. Pourquoi devrions-nous alors empêcher les Québécois francophones de venir chez nous, d’y travailler ou d’y vivre? En ce qui concerne le Nouveau-Brunswick, si nous voulons survivre et prospérer, on a grandement besoin d’augmenter notre population.

Alcide F. LeBlanc

Moncton