Donald Trump: le bouffon qui pourrait diriger les États-Unis?

Ceux qui comme moi se seront astreints à regarder le spectacle des primaires et des conventions politiques américaines auront vécu une gamme d’émotions allant de la nausée – rencontre républicaine avec Donald Trump – jusqu’à une exaltation capable d’élever l’âme de quiconque aspire à un monde davantage axé vers l’espoir et la paix – rencontre démocrate avec Hillary Clinton.

Mais, toute cette fébrilité politique est avant tout un exercice de lutte de pouvoir au nom d’un matérialisme et d’un individualisme total. On fait miroiter le «rêve américain»: on promet que par un travail ardu on atteindra les sommets de la gloire (lire de l’argent).

Tout cela, n’est que poudre aux yeux! La fortune est le lot du petit nombre. Quand Barack Obama a osé suggérer en 2008 une meilleure répartition des biens, une Sarah Palin, candidate à la vice-présidence des États-Unis pour le parti Républicain, aura immédiatement crié au scandale. Les gens de cet acabit prêchent plutôt des diminutions de taxes pour relancer l’économie. Nous savons très bien qu’il s’agit plutôt d’une mesure pour grossir les goussets des nantis. Et, toujours au nom du profit, on paie cher un lobby qui demande l’abolition des règlements qu’impose l’État et qui ont pour objectif la protection du citoyen.

On se fout magistralement que la moitié du budget aille aux efforts de guerre alors que 50 millions de citoyens vivent au moyen des « food stamps » dont un sur deux est un enfant. Que 48 millions d’individus tombent malades chaque année à cause d’une nourriture corrompue par la bactérie E. Coli et la salmonelle dont 3000 mortalités. Qu’on fasse passer à 290 millions de dollars le budget de 589 millions de la Food and Drug Administration, l’agence chargée de la sécurité des citoyens par la surveillance des denrées alimentaires et des médicaments.

On se fout également qu’une alimentation dépourvue de valeur nutritive soit en train de créer des épidémies d’obésité, de surpoids et de diabète. Que le salaire horaire en soit un de crève-faim qui garde le travailleur moyen sous le seuil de la pauvreté sans promesse d’un avenir meilleur. Qu’il en coûte jusqu’à 50 000$ par an pour faire des études universitaires. Et, dire que tout cela se passe alors qu’une minorité regorge de richesses et qui en redemande. (Lire Triste Amérique, Le vrai visage des États-Unis de Michel Floquet, éd. des Arènes, 2016)

On s’entretue aux États-Unis à un rythme vertigineux. La Constitution donne droit au port d’armes: on en profite pour se défendre au moyen d’un arsenal de guerre, les AR-15. Faut-il s’étonner qu’il y ait plus de 11 000 morts et 90 000 blessés annuellement? Une tuerie de plus d’un million depuis les années 1970 sans qu’on en soit trop préoccupé. Et, gare aux Noirs qui sont dans la mire de la police dont certains membres tirent sans scrupule! On craint la présence de la National Rifle Association dont l’influence est énorme et qui finance grassement les campagnes électorales de candidates et de candidats dont les politiques lui sont favorables.

Tout cela se passe dans le pays le plus riche et le plus religieux du monde. Chaque politicien termine ses propos en faisant appel à la bénédiction du divin sur la patrie. Même Donald Trump a découvert l’astuce. Son dernier conseiller l’en aura probablement prévenu. Pour diriger les États-Unis, il faut être religieux et savoir le démontrer, si ce n’est que pour l’apparence. Cela attire le vote.

Et, dire qu’un pays qui aurait surtout besoin d’une révolution en profondeur pourrait aboutir entre les mains d’un bouffon au tempérament vicieux qui insulte, humilie et ment à tout venant. Une coquille vide appelée à faire des décisions cruciales qui influent sur le sort de l’humanité. Un qui a réussi en affaires grâce à un père qui l’y a propulsé à coup de millions, un qui aura exploité des centaines d’immigrants polonais illégaux forcés à travailler dans l’amiante sans protection aucune avant de procéder à l’édification de la tour de son nom. Un homme d’affaires qui a fait faillite dans six de ses grandes entreprises et qui entend mener ainsi le pays.

Que Dieu l’en garde!

Hector J. Cormier
Moncton