Les enseignants sont des superhéros qui s’ignorent

Le majestueux paysage de Memramcook a vu défiler les enseignants du District scolaire francophone Sud (DSF-S) en quête de nouvelles idées pour changer le monde. Le comité organisateur de ces deux jours de formation a pu dénicher des conférenciers hors pair qui n’ont pas lésiné sur les termes appropriés pour nous rappeler les principes de base de l’éducation: apprendre pour s’épanouir.

La particularité de ces deux jours de formation par rapport à ceux des années antérieures réside dans le fait que le format proposé par le comité organisateur permet de délier les langues, puisqu’un panel d’enseignants de plusieurs niveaux a eu le droit d’étaler leur état d’âme par rapport à leur cheminement professionnel. C’est un pas énorme vers une reconnaissance de l’habileté de l’enseignant à prendre conscience de son pouvoir ou influence sur l’apprentissage des élèves.

Il faut saluer la démarche avant-gardiste du DSF-S qui a su comprendre, que le changement du monde qu’il prône passe forcément par l’esprit de créativité de l’enseignant, lequel esprit pourrait parfois bousculer une certaine rectitude administrative.

Malgré cette nouvelle ère qui s’annonce ou qui reprend vie dans le monde éducatif, il faut reconnaître la présence d’un obstacle tenace, mais invisible, qui se dresse sur notre chemin : l’argument économique. Dans une société de performance et de compétition où l’on est perçu par rapport à ce que l’on possède, l’enseignant aura du mal à mettre le doigt sur l’utilité de la poésie ou de tout art abstrait pour l’avenir de l’apprenant. L’art, sous toutes ses formes, est pourtant la manifestation par excellence de la créativité. La question fondamentale, celle liée à l’objectif de l’éducation reste entière: apprend-t-on pour s’épanouir ou pour entrer dans une moule prédéterminée?
Jean Codjo
Enseignant,
école L’Odyssée
Moncton