L’enseignant, souvent pris entre l’arbre et l’écorce

«Les enseignants peinent à intégrer les nouvelles technologies en classe», tel est le titre de l’article rédigé par David Caron, paru dans L’Acadie Nouvelle du 2 septembre. Bien que le contenu dudit article n’apporte rien de nouveau à ce débat récurrent sur la place à accorder à la technologie en classe, il a le mérite de mettre en relief la perception, voire la vision qu’a la société de l’éducation. On a l’impression qu’on s’attend à ce que l’enseignant fasse tout pour que l’élève apprenne à se servir de la technologie numérique. Le numérique, au lieu d’être perçu comme l’un des nombreux moyens dont pourrait se servir l’élève selon son habileté ou ses intérêts pour apprendre, passe pour l’objectif de la pratique enseignante en classe, ou sinueusement de l’éducation.

L’un des maux dont souffre la pratique enseignante est probablement lié au fait qu’on a du mal à distinguer le moyen de l’objectif. Si par le biais de la tablette, un élève a accès au dictionnaire numérique pour trouver le sens d’un mot et que cet outil lui permet d’enrichir son vocabulaire afin de mieux comprendre un texte, il va alors de soi que ledit outil présente un avantage, donc une valeur ajoutée à l’apprentissage. Cependant, il faut aussi accepter que la version papier du dictionnaire, même s’il date d’une autre époque, reste encore un moyen par lequel un autre élève peut trouver le sens d’un mot. Dans ce cas, on fait appel à la flexibilité de l’enseignant de permettre à l’élève de choisir son outil de prédilection pour accomplir une tâche. L’enseignant se donne-t-il le pouvoir d’être flexible tout en étant rigoureux sans être rigide?

Un autre mal dont souffre la pratique enseignante est lié à la perception du temps pendant lequel une tâche doit être accomplie. On vit dans une société où le temps d’accomplissement d’une tâche semble malheureusement déterminer le niveau d’intelligence de l’apprenant. Si une minute suffit à un élève, à l’aise avec la tablette, pour trouver le sens d’une expression, ce temps ne le rend pas plus intelligent que l’autre élève, à l’aise avec la version papier d’un dictionnaire, pour trouver la même expression en deux minutes. Il est vrai qu’ayant à cœur la réussite de tous ses élèves aux examens externes ou standardisés, l’enseignant tombe dans le piège qu’il voulait éviter, en cherchant à soignant l’image de son école par le biais des statistiques. La réputation de son école, voire de son district scolaire, semblerait en dépendre pour justifier le financement de son bon fonctionnement.

Jean Codjo, enseignant

École L’Odyssée
Moncton