Écologie en français: une communauté verte à travers le pays?

Le réchauffement planétaire et la protection des océans, forêts et animaux intéressent vivement les francophones. Mais l’environnement n’est pas un secteur des langues officielles endossé par l’État. La planète se défend généralement en anglais. Une brèche s’ouvre dans l’économie verte.

La conscience écologique serait la plus vive dans les territoires nordiques, selon le rédacteur en chef du journal L’Aquilon, Maxence Jaillet. «Dans le Nord, on a envie de respecter l’environnement. Parce qu’on vit dedans. On est affectés plus directement par le changement climatique.»

Les enjeux s’empilent: la fonte des glaciers et du pergélisol, la contamination minière, les projets d’oléoduc et la fin du caribou. Les francophones sont présents, note le journaliste.

«Il n’y a pas de champion francophone ou d’organisme écologique avec une base francophone. Les militants trouvent des organismes qui regroupent tout le monde. Tout se passe en anglais.» Il ne voit d’ailleurs pas l’utilité que ça se passe en français.

«Mais après, toute revendication doit se faire au niveau du public, ajoute Maxence Jaillet. C’est là qu’il y a un manque. L’Aquilon joue un rôle pour relater les nouvelles. On est le seul média qui peut le faire en français.»

Le directeur de l’initiative Éco-Ouest du Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba abonde. «Le changement climatique, souligne Dany Robidoux, ça ne reconnait pas la langue ni les frontières. Souvent, les solutions sont régionales et les communautés doivent travailler avec leurs voisins.»

Lancé en 2008 comme projet pilote d’écologisation municipale, Éco-Ouest a élaboré des outils en français pour calculer les émissions de GES et l’empreinte carbone. Le projet a attiré l’attention du fédéral et le nombre de participants est ainsi passé de 40 à une centaine dans l’Ouest canadien, incluant des municipalités anglophones.

«On est un des seuls organismes francophones au pays qui fait ce travail, note Dany Robidoux. On est déjà en réseau, les francophones, ce serait plus facile pour nous de développer une communauté verte à travers le pays.»

L’Association francophone des municipalités bilingues du Nouveau-Brunswick a lancé en 2014 une stratégie semblable. En deux ans, le nombre de participants municipaux au Programme Partenaires dans la protection du climat est passé de 17 à 33.

Des projets naissent partout. Par exemple, on tient jusqu’au 17 septembre le 2e Éco-Festival de la Péninsule acadienne, sous le thème Découvrir, célébrer et préserver. L’événement permettra de présenter les résultats d’une consultation sur l’avenir régional sur le plan du développement durable. Le programme comprend une conférence sur la transition énergétique rurale et le lancement du Regroupement des jardiniers écologiques.

Selon Julie Guillemot, de la Coalition pour la viabilité de l’environnement de Shippagan et les Îles Miscou Lamèque, «l’idée est de sensibiliser la population à notre superbe environnement et de voir ce qu’on peut faire pour mieux le protéger». En français.

Jean-Pierre Dubé
Francopresse