Un foyer d’assimilation

Le nouveau plan d’éducation de 10 ans proposé, «Donnons à nos enfants une longueur d’avance», donne de l’espoir aux parents francophones et aux autres intervenants en éducation.

L’intention est de mieux préparer les enfants à leur entrée dans le système scolaire, tout en leur donnant «une longueur d’avance» vers l’autonomie. Mais sur le plan du respect des droits linguistiques et culturels, on a une fois de plus reculé devant une occasion en or de créer une situation d’équité et de justice pour tous.

On ne créera donc pas la dualité dans les services à la petite enfance dans la province, une dualité qui existe pourtant déjà au sein du système d’éducation auquel ces services sont rattachés. Selon moi, le refus de reconnaître que le système de garderies bilingues est un foyer d’assimilation pour les enfants francophones équivaut à nier leurs droits constitutionnels, ceux de leurs parents et de l’ensemble de la communauté de langue officielle en situation minoritaire.

On a, dit-on, l’intention de favoriser l’accès à des services abordables et uniformes, mais pas équitables, apparemment. On propose un réseau intégré pour faciliter l’accès aux programmes et aux services en français pour la petite enfance. Mais allons-nous pouvoir récupérer la tranche de la population anglicisée au sein d’un système bilingue de garderie? Me revient à l’esprit l’histoire des bébés qu’on tente de sauver des eaux de la rivière, alors qu’on laisse un monstre quelconque continuer à les y jeter en amont.

Les fonds additionnels qu’on se propose d’investir dans ce plan de 10 ans en éducation produiront-ils les fruits escomptés dans de telles circonstances? Ne risque-t-on pas d’assister à un scénario semblable à celui des efforts déployés en alphabétisation des adultes où, 25 ans plus tard, on en est pratiquement au même point, parce qu’on a négligé d’agir sur les causes réelles du problème?

Cyrille Sippley

Saint-Louis-de-Kent