La future génération d’Acadiens

Lire les chroniques éducatives de Mathieu Lang est pour moi, non seulement un plaisir, mais aussi un temps d’arrêt pour revoir ma vision du monde en tant qu’enseignant. Jusque-là, sa chronique ne m’a pas déçu. Au contraire, elle devient une source de formation continue nécessaire, pour que je ne tombe pas dans une routine trop professionnaliste, où l’esprit de bien faire me hante au point d’être rigide, ce qui pourrait nuire inexorablement à l’esprit créatif ou à l’éclosion de l’imagination nécessaire au vrai apprentissage de mes élèves.

Certes, l’imagination est un terme qui fait peur, parce qu’elle nous conduit à l’inconnu. Dans une société où on veut tout prédire, prévenir, voire contrôler, il y a de fortes chances que toute velléité d’imagination ou de sortie du cadre préétabli soit étouffée. Pourtant, même si on ne sait pas avec exactitude où l’imagination nous conduit, sans elle, on n’aurait pas inventé l’avion, mis au point des vaccins contre certaines maladies et, sur le plan social, lutté pour l’égalité des chances. Il y a encore quelques dizaines d’années, la femme au Canada n’avait pas droit au vote. Toutes ces avancées technologiques et sociales sont le fruit de l’imagination d’idéalistes. Les enseignant-es sont à priori des idéalistes. Espérons qu’ils le restent encore pour longtemps, pour que la future génération puisse se découvrir et s’épanouir avec leur aide.

En quoi cette future génération sera-t-elle différente de la nôtre?

La réponse à cette question est quasi présente dans toutes les chroniques éducatives de Mathieu Lang. Celle du 14 octobre 2016 en est un parfait exemple. La future génération sera composée de citoyens qui ne s’enfermeront pas. Elle ne défendra pas mordicus une forme de culture ou de vision sociétale qu’on lui a léguée. Pour la future génération, l’Acadie sera un projet de société, un espace sans frontière auquel adhère tout individu ayant à cœur l’épanouissement de l’humain. Le bien-être de l’humain, donc de la société, est un processus continu et non-figé. Il n’est pas seulement linguistique. S’il l’était, alors cette langue que nous défendons bec et ongles, avait malheureusement été une langue d’oppression sous d’autres cieux, en l’occurrence, dans les pays colonisés par la France ou la Belgique. Il n’y a pas de quoi pavoiser d’être obligé d’adopter une langue au détriment de celle maternelle.

Mon Acadie, elle est celle qui lutte contre n’importe quelle injustice sociétale, tant sur le plan linguistique qu’économique. Mon Acadie, elle est avant-gardiste, une vision qui prône l’acceptation de l’autre avec sa différence. Cette différence ne constitue en aucun cas une menace pour ma langue, celle par laquelle j’interagis avec l’autre Acadien-ne. Si, en plus de cette langue, il ou elle en parle d’autres, ce sera pour moi une belle occasion de plus pour élargir mes horizons. Vive l’Acadie, la mienne!

Jean Codjo, enseignant
École L’Odyssée
Moncton