L’Amérique et sa nouvelle division

Hollywood est encore pour certains le symbole du rêve américain. Il est le fer de lance d’une Amérique unie, d’une Amérique sublimée. Les États-Unis ne se réconciliaient jamais aussi bien que dans ces films qui véhiculent une certaine propagande.

Avant Bob Dylan, prix Nobel de littérature en 2016, un autre Américain, William Faulkner, avait été couronné en 1949. William Faulkner est originaire du Sud. Ses détracteurs le disaient le représentant d’un Sud de papier et d’encre. Avait-il créé un monde détaché de la réalité ou bien avait-il au contraire compris que l’Amérique prônée par Hollywood n’existait pas et qu’il était nécessaire de déconstruire le mythe ?

L’ironie est que William Faulkner avait écrit pour les studios d’Hollywood, à une époque où il était important d’essayer d’oublier le traumatisme de la guerre de Sécession qui avait divisé le pays. Mais Faulkner avait préféré mettre le monde à nu avec sa littérature plutôt que d’essayer de l’habiller des meilleures intentions d’Hollywood.

L’élection américaine ne nous a pas rappelé que l’Amérique était divisée. Nous le savions déjà. Faulkner ne fait plus figure de lanceur d’alerte. Les lanceurs d’alertes sont aujourd’hui d’une autre nature et la fracture que montrait Faulkner s’est déplacée. Les frontières ont bougé.

Ce que nous a en revanche rappelé l’élection américaine c’est que dans une démocratie le journalisme d’opinion joue un jeu dangereux. Au lendemain du vote en faveur du Brexit au Royaume-Uni, Katharine Viner, la directrice du Guardian avait parlé d’une ère de la « post-vérité ». Mais de quelle vérité voulait-elle parler ? Voulait-elle dire que les électeurs avaient eu tort et qu’ils n’avaient pas accepté la vérité que les institutions médiatiques leur avaient fournie ? Ces institutions n’atteignent plus que marginalement la population. Pire, en assimilant leur opinion à la vérité elles entretiennent la défiance des lecteurs.

Les institutions médiatiques ne sont plus des faiseuses d’opinions et c’est tant mieux parce qu’elles n’ont pas à détenir un tel pouvoir. Il est donc temps qu’elles agissent en conséquence. Si les électeurs veulent lire une opinion, ils ne vont plus acheter un journal, ils vont sur les réseaux sociaux, ils se réfugient dans des bulles qui confortent leurs propres convictions.

Les médias américains, qui ont très largement pris position pour Mme Clinton, se sont épuisés à « fact checker » sans relâche les prises de position de M. Trump. L’intention était louable, mais elle n’a pas aidé, comme ils le souhaitaient, à faire barrage au milliardaire.

Enfin, après avoir diabolisé le milliardaire, il va être tentant de diaboliser son électorat. Cela a déjà commencé et la description de « l’homme blanc vivant en milieu rural », répond aux stéréotypes largement répandus. Malheureusement, il est temps que les États-Unis d’Amérique se regardent en face, « l’homme blanc vivant en milieu rural » n’a pas pu, à lui seul, faire élire M. Trump. Des femmes, sans aucun doute, des habitants des grandes villes, sans aucun doute non plus, des gens issus des minorités, sûrement, ont aussi élu M. Trump. Il ne les a pourtant pas épargnés.

Imaginez alors combien ces gens-là détestent les institutions pour avoir voté en faveur d’un homme qui les a parfois insultés? La division n’est plus celle entre le Nord et le Sud, elle n’est plus géographique. C’est à peine une division d’opinion. La division se situe aujourd’hui au niveau de la confiance. M. Trump n’a eu de cesse de dire que Mme Clinton représentait les institutions politiques et les institutions politiques n’ont eu de cesse de s’opposer frontalement à M. Trump. Le mélange était explosif et l’explosion a eu lieu.

Sébastien Chauzu
Saint-Jean