L’Ave Maris Stella, du latin au français

Dans une récente chronique dans l’Acadie Nouvelle, Céleste Godin a fortement déploré le manque d’intérêt dans les paroles de l’Ave Maris Stella, notre hymne national. Sans préciser s’il s’agissait des paroles latines ou françaises, son propos visait particulièrement les francophones de l’Acadie du Nouveau-Brunswick qu’elle accusait d’avoir une indifférence inacceptable et leur lançait un défi à ce sujet.

Contrairement à l’attention très grande que nous réservons généralement au drapeau acadien, il est vrai que le chant de notre hymne, l’Ave Maris Stella, n’a pas une grande faveur, au N.-B. comme ailleurs.

À quoi cela tiendrait-il? Sans doute à de multiples facteurs, dont le premier serait que l’Acadie n’est pas un pays et donc l’usage d’un tel chant n’est pas prescrit et obligatoire dans de nombreuses cérémonies officielles comme il le serait autrement. Nous sommes au plus un peuple, avec une histoire qui lui est propre. Notre voisin, le Québec, qui se dit pourtant une nation, n’a pas d’hymne national autre que l’Ô Canada, même si certains hésitent à le chanter.

À l’origine, l’Ave Maris Stella fut un hymne religieux en latin chanté au début de certains rassemblements à caractère patriotique et souvent accompagné d’une prière. Il ne faut donc pas s’étonner que de nos jours cette pratique ne trouve pas la ferveur d’antan.

Pour ceux, cependant, qui le déplorent et souhaiteraient une résurgence de cet hymne, un certain rajeunissement s’imposerait. D’abord du côté de la langue où il faudrait passer du latin au français.

À cet égard, on a fait des efforts louables au début des congrès mondiaux, mais ces efforts ne semblent pas avoir porté fruit.

J’ai pris connaissance de paroles françaises composées par l’éminent poète acadien, Léonard Forest; paroles qui sont malheureusement demeurées peu connues jusqu’à ce jour. Avec sa permission, je vous les présente, ou plutôt, je vous les confie.

Vous conviendrez qu’elles sont inspirantes et d’une grande beauté poétique; des paroles aptes à susciter un intérêt renouvelé à chanter ou à faire chanter plus souvent notre hymne national. Elles mériteraient comme simple poème d’être au programme d’étude de nos écoles.

Puissent-elles connaître le rayonnement qu’elles méritent.

HYMNE ACADIEN

Paroles de Léonard Forest

Ave, maris stella,
Dei Mater Alma,
Atque semper Virgo,
Félix cœli porta. (bis)

Étoile de la mer Éclaire notre espoir, Allume en notre mémoire
Les feux de notre foi,
Les feux de notre joie.

Ouverts à tous les vents,
Nos prés et nos bayous
Ont su redire l’histoire des vivants et des morts
Sans crainte ni remords.

Vivons la plénitude
De nos droits séculaires.

Que la plus belle des langues
Résonne avec fierté
Pour chanter l’amitié.

Offrons au temps qui vient
Nos rêves rajeunis.

Que vivent en nos avenirs
Les forces du passé,
Les audaces d’aujourd’hui.

Étoile de la mer,
Éclaire notre espoir.

Allume en notre mémoire
Les feux de notre foi,
Les feux de notre joie.

Dollard LeBlanc
Shediac