La raison du plus fort

Le premier juin, le président Trump a officiellement retiré les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, que son prédécesseur, Barack Obama, avait signé l’année dernière, à l’instar de tous les autres pays membres de l’ONU. Selon Trump, les conditions de l’accord nuiraient à l’économie américaine. Il y décèle même un complot mondial visant à exploiter les États-Unis. Il se propose de renégocier les conditions de l’accord de manière à avantager les Américains.

En réfléchissant à ses arguments, me vient à l’esprit la fable de Jean de Lafontaine, «L’Agneau et le loup», où le loup, refusant de reconnaître le bien-fondé et la logique du plaidoyer de l’agneau, avance des justifications les plus farfelues et non pertinentes possible pour arriver à ses fins. Et l’auteur conclut, ironiquement: «La raison du plus fort est toujours la meilleure.»

Fidèle à sa propre logique, Trump confirme en même temps son refus de contribuer au fonds de l’ONU prévu dans l’Accord pour aider les pays en développement à financer les mesures de transition énergétique et pour protéger leur population contre les effets à moyen et à long terme qu’occasionneront les restrictions envisagées dans la consommation mondiale des énergies fossiles, prétextant que ses propres citoyens ont davantage besoin de ces ressources.

Doit-on s’alarmer des conséquences du désistement des États-Unis? En toute probabilité, elles ne seront pas très graves, étant donné que les engagements prévus par l’Accord ne sont pas particulièrement contraignants en partant. On se fie grandement à la bonne volonté des pays signataires pour prendre les mesures qui s’imposent en fonction de leur situation particulière, le bilan de leur performance devant être établi tous les cinq ans. Par ailleurs, on peut espérer qu’une mobilisation massive des autres pays signataires arrivera à faire reconnaître «au loup» la non-pertinence, voire l’impertinence, de ses arguments.

Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent