Les valeurs humanistes peuvent-elles être démodées?

La chronique éducative de Mathieu Lang du 15 juin remet en scène un terme assez bien galvaudé dans le monde occidental: les valeurs. On en fait souvent usage et on s’y réfère pour justifier ses actes, même ceux à saveur tant pacifique que belliqueuse. Cependant, on s’arrête rarement pour évaluer si les actes reflètent réellement lesdites valeurs qu’on prône. Il arrive parfois que la définition de ces valeurs se voulant universelles, varie d’un individu à l’autre, ou pire, selon l’humeur ou les circonstances de l’heure. C’est ainsi que l’objectif du système éducatif varie au fil du temps, et ce, en fonction de l’évolution de la technologie.

Au 21e siècle, notre système éducatif se donne comme objectif de produire des humains compétents. Tandis que les uns définissent la compétence comme étant l’habileté d’apprendre continuellement pour un monde meilleur, les autres la voient sous un autre angle, celui d’apprendre quelque chose qui procure le bonheur matériel, lequel est intimement lié à l’utilité tangible de ce qu’on fait comme travail dans la société dont on fait partie.

Nos fameuses valeurs humanistes se trouvent ainsi supplantées par celles utilitaires, ce qui rend certaines matières enseignées obsolètes, parce que jugées inutiles. Les sciences humaines et sociales sortent perdantes de ce changement de paradigme.

Les conséquences d‘un tel changement sont dévastatrices pour la survie et l’épanouissement de l’humanité.  La course effrénée au bonheur matériel laisserait peu de place à l’esprit analytique et de réflexion. Elle conduirait à la surconsommation, donc à plus de pollution, ce qui met en mal l’équilibre de notre planète. À cela s’ajoute l’avenir de la démocratie. Le choix de nos dirigeants se ferait fort probablement en fonction d’arguments économiques et de l’obsession d’une insécurité, parfois montée de toutes pièces. Un tel changement de valeurs balise la voie aux futurs dirigeants à la Donald Trump.

Jean Codjo
Moncton