«Don’t tell the Acadiens and the French Canadians»

Anniversaire d’une autre proclamation royale fort parlante, le 17 juillet 1917, et passée inexorablement sous silence!

Puisque nous célébrons cette année le 150e anniversaire de la Confédération (et non du Canada), il serait bon de savoir qu’à la suite de la conférence de Québec d’octobre 1864, tenue à huis clos et dans la culture du secret, s’ensuivirent des débats parlementaires sur les 72 Résolutions issues de la conférence. Les députés et la population du Canada français ont fait l’impossible pour obtenir que ces résolutions soient soumises au vote de la population par référendum ou élections référendaires, mais sans effet. Malgré une soixantaine de pétitions de la population, malgré trois motions présentées en ce sens au Parlement, les ministres s’y opposèrent farouchement, alléguant que l’appel au peuple était anticonstitutionnel et anti-Britannique, que le Canada ne serait pas une république, mais bel et bien une monarchie anglaise (dynastie primordialement allemande dite «Maison de Hanovre») dont la toute dernière représentante régnante «directe» en Grande-Bretagne était la reine Victoria.

Rares sont ceux qui savent que la reine Élisabeth II est davantage de sang royal allemand que britannique natif? En plus, elle est la chef suprême d’une Église, en l’occurrence de l’Église anglicane. À ce titre et en tant que Canadien, je m’offusque qu’Élisabeth II soit aussi chef de l’État canadien. Les Canadiens en général accepteraient-ils que le pape, en tant que chef suprême d’une autre Église, soit également chef de l’État canadien?

Ce mois-ci, la Maison de Windsor célèbre son centenaire. En 1917, le roi George V de la Grande-Bretagne se débarrassa de son nom allemand, Saxe-Coburg-Gotha, issu indirectement de la Maison de Hanovre. Pourquoi? Parce que l’Allemagne était l’ennemi pendant la Première Guerre mondiale. Ce fut précisément le 17 juillet 1917 que par proclamation, George V changea le nom de sa dynastie allemande de Saxe-Coburg-Gotha à Windsor, ce qui balaya d’un seul coup tous les titres allemands détenus par la famille royale britannique (par exemple Battenberg devient Mountbatten).

En tant qu’Acadien, je ne peux accepter qu’une reine d’une dynastie issue de la Maison de Hanovre puisse avoir le culot de régner au-dessus des Acadiens, étant donné que c’est le Hanovrien George II et son fils le duc de Cumberland (le fort Beauséjour a été renommé fort Cumberland en honneur de ce duc sanguinaire et les lieux historiques nationaux du Canada emboîtent le pas) qui ont fomenté le nettoyage ethnique pour ne pas dire génocide des Acadiens. Comme ils l’ont fait d’ailleurs à l’égard des Écossais à Culloden ainsi qu’envers les Amérindiens.

Peut-être plus particulièrement, je m’offusque parce que cette famille royale n’a jamais jusqu’alors fait des excuses aux Acadiens au nom de la Couronne britannique. En passant, la Proclamation royale canadienne de 2003 n’a été qu’un subterfuge de la Couronne canadienne (Adrienne Clarkson, Jean Chrétien, Sheila Copps, Stéphane Dion) pour épargner la reine de la Grande-Bretagne. À l’approche de la date infâme du «28 juillet» annuel, on se rappellera que, bien que le gouvernement canadien ne soit pas responsable d’avoir fomenté et mis en branle le nettoyage ethnique des Acadiens, ce sont les gouvernements libéraux de Jean Chrétien (avec le député Dominique LeBlanc et Patrimoine canadien par Sheila Copps et Stéphane Dion) et maintenant de Justin Trudeau (avec la ministre de Patrimoine canadien Mélanie Joly) qui sont responsables de perpétrer la fausseté que la reine d’Angleterre a fait des excuses aux Acadiens.

Il faudrait que nos facultés d’histoire canadienne fassent sucer la substantifique moelle à leurs historiens en herbe pour rompre l’os de toute la vérité fort révélatrice à ce sujet, dans un article paru dans les Cahiers de la Société historique acadienne, publié à l’occasion du 250e de la Déportation en 2005. Il faudra un jour exhumer moult détails sur comment Trudeau fils fait le joli cœur avec le multiculturalisme, cet art sublime du «vivre ensemble» et avec le penchant un peu ridicule à la délectation de soi dans le «plus meilleur pays au monde»… tout pour satisfaire le Canada anglais pendant que s’efface l’identité acadienne au nom d’un autre effet encore plus pervers: «Nous sommes tous des immigrants!».

Vu cette donne, je suis parmi ceux de plus en plus nombreux qui clament l’abolition tout court de la Maison de Windsor, au Canada. Si d’autres suggèrent la Maison des Stuarts (forme francisée des Stewarts), je ne serais pas contre, parce que malgré ce que le Royaume-Uni a voulu faire accroire, il y aurait une descendance des Stuarts issue de Charlotte, la fille de Bonnie Prince Charlie (Charles Édouard Stuart). Chose surprenante qu’on apprend dans l’histoire officieuse, c’était bien à cette même dynastie écossaise que les hommes du futur président George Washington étaient allés offrir, en 1782, la «couronne de l’Amérique». L’histoire nous informe aussi que Charles Edward (de jure Charles III) déclina cette offre de George Washington. Quelle belle ironie cela aurait été pour l’histoire de la planète de s’être alors débarrassé en Amérique de la Maison de Hanovre (George III) pour la remplacer par la Maison des Stuarts (Charles III), celle dynastie qui fournissait depuis 1422 la garde personnelle du souverain français, intégrée aux troupes de la maison militaire du roi.

Non, si la reine d’Angleterre ne peut même pas lever le petit doigt pour s’excuser au nom de ses ancêtres pour le génocide plus que culturel des Acadiens, elle et sa famille ne méritent pas de régner sur nous, les Acadiens. N’oublions pas que ce sont à la fois la famille royale et le gouvernement britanniques qui, les premiers, ont profité du nettoyage ethnique de ces Acadiens – qui étaient à la fois citoyens britanniques depuis la Nova Scotia et citoyens français depuis l’île Saint-Jean. Avant tout, la Déportation acadienne ne marque-t-elle pas le début géopolitique de l’Empire britannique? Au bas mot, très profitable! Et aujourd’hui, à l’instar de son aïeul George V, Élisabeth II ne sait que balayer l’air de sa royale main en murmurant: «Oublions… Oublions…».

Et pourquoi Pierre Elliott Trudeau y est-il allé en enchâssant la clause du «consentement unanime» dans la loi constitutionnelle de 1982 quant à toute modification portant sur la question de la charge de la reine au Canada? Pourquoi vouloir enchâsser le renforcement de la monarchie de la Maison de Windsor dans la constitution du Canada sans faire appel au peuple canadien?

Cette proverbiale anguille sous roche fomentée par Pierre-Elliott Trudeau n’aurait-elle pas bafoué une des sacro-saintes valeurs canadiennes dont se targue Patrimoine canadien, la démocratie! Sans avoir fait appel au peuple pour savoir s’il voulait, par un tel trucage, renforcer ou non la charge de la chef de l’État n’est pas seulement antidémocratique, mais anticanadien. En détournant sans complexe la démocratie, Trudeau père a mis pieds et poings liés sous l’autorité même des descendants de ceux qui ont eu intérêt au génocide acadien! Pour moi, ce fut un tour de force réussi puisque Pierre Elliott Trudeau savait très bien que sa Charte canadienne des droits et des libertés défraierait l’entièreté de la chronique. Toute cette charade trudeauesque ne pourrait-elle pas être considérée sui generis, à la fois comme étant anticonstitutionnelle et anticanadienne, grâce à cette même Charte?

David Le Gallant
Mont-Carmel, Î.-P.-É.

* Diplômé en droit (1990) de l’Université de Moncton, David Le Gallant est rédacteur en chef depuis 2012 de la revue internationale d’histoire acadienne, Veritas Acadie.