Faut-il songer à destituer Donald Trump?

Hector J. Cormier
Moncton

Ceux qui comme moi sont adeptes du réseau CNN ont sûrement l’impression d’être témoins d’un interminable roman-fleuve qui expose et la folie et la duperie d’un Donald Trump qui s’amuse à jouer à la présidence comme les enfants jouent à la poupée. Avec la différence que, dans un cas, c’est la destinée d’un pays dont il est question. Tout comme moi, se demandent-ils comment les Américains ont pu propulser à la tête de l’État une coquille vide, un être d’une telle incompétence capable d’autant de ravages?
Que faudra-t-il vraiment pour qu’on le destitue? Il n’a qu’à ouvrir la bouche pour qu’il en sorte d’énormes mensonges qu’il incorpore à sa réalité. Ainsi, il n’a jamais à s’excuser, il a toujours raison.

L’édition de lu magazine Time du 3 avril 2017 titre en page couverture: «Is Truth Dead?» (N’y a-t-il plus de vérité?) On nous rappelle quelques-unes de ces fausses déclarations dont celle voulant que Barack Obama ne soit pas né aux États-Unis donc inapte à occuper le poste de président. Il proclame sans aucun scrupule qu’il aurait remporté le vote populaire si ce n’eut été des trois millions de votes illégaux qui sont allés à Hillary Clinton. Même si le jour des élections 68% des Américains le pensaient ni honnête ni fiable, ils ont quand même fait de lui leur président. Comprenne qui peut!

Depuis le début de sa campagne aux primaires et tout au long de sa campagne électorale, il n’a eu de cesse de faire des déclarations à l’emporte-pièce qui ont donné lieu à des propos racistes et à des élans de violence. Son populisme, voulant plaire à ce secteur de la population qui se réclame de l’identité néonazie, ou celle des partisans du mouvement préconisant la suprématie de la race blanche ou encore celle du Ku Klux Klan, ouvre la porte aux plus bas instincts et aux débordements. Rappelons les récents événements de Charlottesville, en Virginie, où une manifestante a été tuée et d’autres blessés pour avoir voulu contrer la haine destinée aux Noirs, aux Juifs, aux homosexuels et aux immigrants.

Devant une condamnation plutôt tiède du président, de telles horreurs ont plus que jamais droit de cité. Les écluses de l’intolérance raciale, de la haine et de l’exclusion se sont rouvertes. Un jeu plus que dangereux. Pourtant, Donald Trump s’en soucie peu. Il se préoccupe surtout d’alimenter sa base électorale dont font partie ces groupes d’extrême droite.

Il y a quelques années, quand Oprah Winfrey lui demandait s’il songeait, un jour, à se présenter à la présidence, Trump répondit qu’il le ferait si la population américaine venait à faire appel à lui. Lui, le grand sauveur. Sa seule présence, croit-il, est assez pour révolutionner, dans le bon sens du terme, le pays. Pourtant, après seulement sept mois au pouvoir, il n’y a que chaos à la Maison-Blanche. Il est devenu la risée et la préoccupation des chefs d’État du monde entier.

Malgré une certaine opposition aux agissements désordonnés du président, ce qui effraie plus que tout, c’est le silence de trop nombreux dirigeants, ce qui crée un rempart autour de sa folie et de ses emportements. On préfère opter pour le pouvoir plutôt que les intérêts du pays.

Le rabbin Marvin Hier, qui se disait, jadis, honoré d’avoir officié à la cérémonie de prière lors de l’inauguration de Donald Trump à la présidence, déclarait, à la suite des manifestations de Charlottesville, que, dans l’Allemagne nazie, tout avait commencé par des manifestations semblables à celles dont ont été témoins les Américains récemment.

Des dirigeants de grandes corporations américaines démissionnent des commissions à vocation économique formées par le président: ils n’acceptent pas de côtoyer un être peu enclin à condamner, comme il se doit, les actes haineux perpétrés par les néonazis et les «suprémacistes» qui déversent leur colère dans les rues de Charlottesville.

D’autre part, quelques personnes un peu plus courageuses du Parti républicain s’interrogent ouvertement sur la stabilité, la compétence et l’autorité morale du président. Du jamais vu. Trouveront-ils assez de courage pour inciter le Congrès à entamer les procédures de destitution pour libérer l’air, et le monde, de toute cette folie et des risques que représente un président aussi déséquilibré?