Mot pour Denis

Cher Denis,

Tu as bercé mon âme en ces murs de l’église Saint-Polycarpe de Petit-Rocher alors que j’étais un adolescent fébrile face à l’avenir. Bercé mon âme avec les messes «à gogo» de l’époque où Denis Richard était, chez-nous, le congénère du P’tit Simard. Moi, la messe, ça ne me disait pas grand-chose. Sauf que j’avais hâte d’y aller pour entendre ta voix déjà feutrée.

Compositeur innovateur, tu auras mis Petit-Rocher en chanson comme jamais on ne le pourra. Le feu qui scintille dans tes yeux au pied d’une roche est un témoignage non seulement de ce qu’est la vie ici, mais aussi partout en Acadie des côtes.

Une poésie qui coule comme du sable entre tes mains sur les rives, là où «la géographie s’étend jusqu’à l’indiscernable» comme le disait Michel Roy dans l’Acadie perdue. Que ce soit les goélands en ritournelles, danser comme un papier porté par le vent, l’abîme au large du cap Enragé – et combien d’autres encore –, tu as su mettre en mots et en musique nos milieux de vie.

Je suis particulièrement ému que tu reviennes marquer ton ascension au-delà des nuages en cette église où j’ai eu l’immense bonheur d’entendre cet été Gregory Charles, un autre de ces chantres qui nous font mieux comprendre que la musique est le seul langage universel.

Merci Denis. Tu as enrichi ma vie et celle du peuple acadien. Ton départ de ce monde est une perte. Mais ton existence, ici, n’aura pas été vaine. Tu seras à tout jamais un ambassadeur indélébile de notre communauté. Comme le disait Herménégilde Chiasson en ton hommage, «il est là pour des siècles à venir, car il fait partie de l’histoire de l’Acadie et de sa musique.»

Bon repos. On s’revoit là-haut un de ces jours.

Luc Desjardins
Maire de Petit-Rocher