Taux de chômage: l’arbre qui cache la forêt

Le Conseil économique du Nouveau-Brunswick inc. (CÉNB) désire revenir sur une annonce faite sur les médias sociaux au début du mois d’août quand le gouvernement provincial a fièrement souligné que «Le taux de chômage au Nouveau-Brunswick est à son plus bas niveau depuis que ces données ont commencé à être calculés (sic) en 1976.»

Cette nouvelle peut certes sembler positive à première vue, mais il nous faut regarder les deux côtés de la médaille quand on examine de tels chiffres. À défaut de ne pas vouloir célébrer une telle «nouvelle», le CÉNB tire plutôt la sonnette d’alarme et invite le gouvernement à examiner les causes sous-jacentes de ce taux historiquement bas.

En effet, les données de Statistique Canada révèlent que la population active, soit le nombre de gens qui travaillent ou qui sont à la recherche d’emploi, a chuté de 6100 personnes en juillet. Nous reconnaissons que de telles données mensuelles peuvent s’avérer volatiles, mais cette forte diminution prend toute une autre dimension quand on remarque que la population active de la province a chuté de 15 600 personnes au cours des douze derniers mois. Ces chiffres ne sont que les plus récents et s’ajoutent à une tendance à long terme accentuée par le vieillissement de la population de notre province qui, rappelons-le, est la seule au pays qui a diminué entre les recensements de 2011 et 2016.

Le vieillissement de la population combiné avec la diminution de la population active: voici l’envers de la récente annonce du gouvernement concernant la baisse du taux de chômage.

Année après année, les membres du CÉNB nous informent que leur principal défi est lié à l’accès et à la rétention de la main-d’œuvre, sans oublier tous les autres obstacles à la croissance qui en découlent tels que le développement de nouveaux produits et services, l’expansion vers de nouveaux marchés et le manque de personnel qualifié pour l’innovation ainsi que pour la recherche et développement.

Qu’elles soient au Madawaska, dans le Restigouche, la région Chaleur, la Péninsule acadienne, ou bien dans le Sud-Est, nos entreprises cherchent à combler des postes à différents niveaux. Certes, le taux de chômage a baissé, mais nos entreprises ont toujours et encore de la difficulté à pourvoir leurs postes vacants puisqu’il existe un véritable fossé entre la main-d’œuvre disponible et les besoins des entreprises. Ce fossé ne disparaîtra pas si notre population active continue de diminuer. Devant ces défis, quelles sont les mesures concrètes en place pour aider nos entreprises et nos communautés?

En 2017, le CÉNB a modifié son sondage annuel afin de travailler à des solutions pour nos défis économiques. En effet, nos membres nous ont partagé des pistes de solutions qui leur permettraient de relever les obstacles à leur croissance et, ultimement, à la croissance de notre province. Parmi celles-ci, mentionnons de l’aide pour l’amélioration et le développement des compétences, pour la planification de carrière et la relève, pour le recrutement et la sélection des employés ainsi que de l’aide pour l’accès à la formation des employés. D’autres solutions suggérées par nos membres sont liées à l’aide stratégique à l’innovation pour identifier les besoins des futurs clients, à l’accès à des crédits d’impôt pour des investissements en technologies et des informations stratégiques sur les ressources matérielles et technologiques. Suite à ces pistes de solutions, le CÉNB compte rencontrer ses membres cet automne afin de discuter d’actions concrètes qui pourraient soutenir leurs entreprises.

Au cours des 15 dernières années, la croissance de l’emploi dans les secteurs autres que l’administration publique, l’éducation et la santé n’a augmenté que de 0,6 % au Nouveau-Brunswick, alors qu’il a augmenté de 62,6 % au Canada. Nous avons un défi de croissance d’emploi et, par conséquent, invitons le gouvernement à se concentrer sur l’amélioration du potentiel de croissance économique à long terme et d’un climat favorable aux affaires pour nos entreprises, moteurs économiques et principales actrices dans la création d’emplois au Nouveau-Brunswick.

Marie Chamberland
Présidente du Conseil économique du Nouveau-Brunswick