Donald Trump aurait-il signé un pacte avec le diable?

Au cours de sa campagne présidentielle, Donald Trump, face à des sondages en grande difficulté et à une équipe baignant dans le chaos, dut se résigner à laisser tomber deux chefs de campagne Cory Lewandowski et Paul Manafort, le premier pour avoir malmené une journaliste, et l’autre, pour des liens louches avec la Russie. Pour changer de cap, lui aura-t-il fallu conclure un pacte avec le diable?

Dans son livre, The Devil’s Bargain (Pacte avec le diable), le journaliste Joshua Green donne trois raisons pour lesquelles l’administration Trump est tombée si rapidement dans le désordre et la confusion. Celui-ci pensait qu’il pourrait, une fois élu, imposer, à son gré, sa domination. Tout au long de la campagne, il a fait la guerre à des alliés: le parti républicain, Wall Street et le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan. Il n’adhérait à aucun nationalisme ni à aucune philosophie politique trop obsédée qu’il était à nourrir son énorme ego.

Aura-t-il été surpris de se trouver face à un système politique fondé sur une série d’importants contrôles et contrepoids (checks & balances)? Le gouvernement américain est une grosse machine et quiconque tente de le déstabiliser le fait à ses risques et périls. Sa domination, on allait en rire. Certains de son parti, qu’il a voulu détruire par des propos injurieux sur les réseaux sociaux, lui tournent le dos. S’il ne croit plus en certaines promesses électorales perçues comme importantes, son ego, si énorme soit-il, ne lui assurera pas indéfiniment la fidélité des électeurs. Quelqu’un voudra peut-être lui rappeler que la grenouille a crevé à vouloir trop enfler! Pour un temps, il a été nationaliste, mais quand l’idée n’a plus fait son chemin, il est devenu à la fois nationaliste et globaliste. Comme s’il n’y avait pas contradiction dans les termes.

Il fallait s’entourer d’un nouvel homme de confiance à quelques semaines des élections. La milliardaire Rebekah Mercer lui suggéra fortement le patron de Breitbart News, soit Steve Bannon, un provocateur, dont la confiance en soi frise l’arrogance et qu’on accuse de racisme, d’antisémitisme, de suprématie blanche, d’homophobie et de misogynie. Il se caractérise lui-même de blaireau, animal tout juste gros comme une bête puante, mais qui semble n’avoir peur de rien et qui attaque férocement cobras et lions. On en a d’ailleurs fait la mascotte non officielle de l’entreprise.

Issu d’une famille archicatholique irlandaise qui a préféré changer de paroisse plutôt que de se conformer à des messes célébrées en langue vernaculaire, Bannon a fait ses études dans des institutions huppées, telle la Harvard Business School. On le trouve par la suite banquier chez Goldman Sachs, membre de la marine, pour éventuellement devenir le grand patron de Breitbart News, ce média conservateur d’extrême-droite qui rejoint parfois jusqu’à 37 millions d’utilisateurs. C’est en homme riche qu’il se présente à la Maison-Blanche.

Selon le site américain Daily Beast, Bannon se considère ni populiste, ni nationaliste, mais bien léniniste donnant pour toute explication: «Lénine voulait détruire l’État et c’est aussi mon objectif. Je veux tout mettre par terre et détruire l’establishment», à savoir le Parti démocrate, le Parti républicain (GOP), et la presse conservatrice traditionnelle. Trump en fera un conseiller privilégié.

Bannon verra en Trump un dirigeant belliciste, au franc-parler, enclin à la confrontation et promilitariste comme l’était Ronald Reagan. Il l’encouragera à demeurer tel qu’il est, attaquant de façon personnelle et vicieuse sur les réseaux sociaux quiconque oppose ses idées même s’il s’agit de mensonges.

Donald Trump aurait-il pu arriver aux hautes sphères de l’État sans un Steve Bannon comme maître à penser? Probablement pas. Malgré le renvoi de ce dernier de la Maison-Blanche, sa philosophie populiste plane toujours dans les antichambres du pouvoir. Se peut-il que celui par qui Trump aura été propulsé à la tête de l’État soit le même par qui il pourrait tomber en disgrâce? Trump peut bien compter sur une base électorale, mais, qu’en est-il du reste des Américains? S’accommoderont-ils encore longtemps d’un leader à la dérive menant la barque au gré des flots? Joshua Green aura-t-il eu raison de parler d’un pacte avec le diable quand Trump a fait de Bannon son principal conseiller?

Hector J. Cormier
Moncton