Un lieu de mémoire sans équivalent

C’est seulement ces deux dernières années que j’ai commencé à véritablement m’intéresser à l’Acadie. Je le dois sans aucun doute à Andréa Richard, devenue une amie proche, et à Guy Richard, son frère, tous deux de Bouctouche. Ils m’ont donné la piqûre de l’Acadie! Cet été j’ai découvert, un peu par accident, l’émouvant Musée acadien sur le campus de l’Université de Moncton.

Ma compagne Doreen avait décidé de visiter l’exposition «Tombées dans les interstices» à la Galerie Louise-et-Reuben-Cohen. Il faut savoir que lorsque Doreen (qui a une maîtrise en histoire de l’art!) entre dans une exposition d’arts graphiques, on n’est pas sorti du bois… Là où je vais passer dix minutes, elle va bien passer une heure. Donc, je me suis vite retrouvé avec du temps «libre» et naturellement j’ai décidé de pousser la porte de l’autre côté du hall d’entrée, celle du Musée acadien. Ce fut une révélation.

Je connaissais évidemment dans les grandes lignes le drame de l’Acadie, mais le Musée acadien a ceci de particulier est qu’il nous met au cœur de ce que fut le Grand Dérangement, cet euphémisme politiquement correct pour désigner rien de moins qu’un nettoyage ethnique digne de la Birmanie d’aujourd’hui. Impossible de ne pas être terriblement ému au contact des témoignages de l’époque. Le reste du musée est dédié à une épopée: celle d’un peuple qui refuse le génocide culturel, chaque étape de sa résurrection aussi improbable que la précédente. Qui aurait cru ce rameau de l’arbre de France aussi tenace, aussi résilient? Certainement pas George The Second.

Le chemin parcouru ces deux derniers siècles par le peuple d’Acadie n’est rien moins que spectaculaire. Le Musée acadien est sans doute un des meilleurs moyens, sinon le meilleur moyen, d’appréhender en peu de temps cette double réalité.

Au bout de trois quarts d’heure, Doreen m’a rejoint pour voir où j’étais rendu. Complètement absorbé par l’Histoire de l’Acadie, j’avais à peine parcouru dix mètres dans le musée! Je lui ai expliqué ma fascination. Malgré son prénom, Doreen est une francophone du Québec, elle s’est mise elle aussi à éplucher chaque artefact, chaque notice, chaque tableau. Finalement c’est avec une compréhension bien plus étendue du «phénomène acadien» que nous sommes ressortis, bien plus tard. Amis francophones des autres provinces et des autres pays, si vous passez par Moncton, ne manquez pas l’émouvant Musée acadien. Vous ne le regretterez pas.

Michel Virard
Président, Association humaniste du Québec