Travail sécuritaire NB mérite une approche équilibrée

On dirait que chaque fois qu’il y a un changement dans la politique gouvernementale, le lobby des affaires prédit des mises en disponibilité et des fermetures d’entreprises. Avez-vous déjà remarqué que ces sombres prédictions ne finissent jamais par se réaliser?

Une augmentation du salaire minimum? Alors le ciel va nous tomber sur la tête!

De meilleures prestations du Régime de pension du Canada (RPC) pour les travailleurs? Alors le ciel va nous tomber sur la tête!

Une réforme budgétaire fédérale en vue d’assurer que les propriétaires d’entreprises paient leur juste part? Alors le ciel va nous tomber sur la tête!

Une augmentation des cotisations de Travail sécuritaire NB? Et, vous l’avez deviné, le ciel va nous tomber sur la tête!

Ne vous méprenez pas, j’admire les propriétaires d’entreprises qui prennent des risques et investissent dans leur concept d’affaires afin qu’il se concrétise. Les petites et les moyennes entreprises sont l’assise de notre économie.

Néanmoins, les travailleurs et les travailleuses méritent eux aussi leur juste part, c’est-à-dire qu’ils devraient gagner un salaire décent, soit un salaire qui leur permet de vivre au-delà du seuil de la pauvreté; qu’ils méritent de prendre leur retraite dans la dignité après avoir travaillé toute leur vie; qu’ils méritent certainement de travailler dans un milieu de travail sécuritaire et, advenant qu’ils aient le malheur de se blesser au travail, ils méritent une indemnisation adéquate.

En ce qui a trait à Travail sécuritaire NB, le problème n’est pas que les cotisations ont augmenté l’an dernier et qu’elles connaîtront une autre augmentation l’an prochain. En fait, le problème est que, depuis les 25 dernières années, l’approche équilibrée en ce qui a trait au système d’indemnisation des accidents du travail a disparu. L’indemnisation des accidents du travail a été caractérisée par une réduction des cotisations des employeurs et en sacrifiant les prestations des travailleurs. De plus, elle a également été caractérisée par le non-versement de prestations d’indemnisation auxquelles ont légalement droit les travailleurs et les travailleuses.

Récemment, le Conseil d’administration de Travail sécuritaire NB a tenté de remédier à cette situation, ce qui a entraîné une légère augmentation des cotisations en 2017 en vue d’assurer la comptabilisation de tous les engagements. Travail sécuritaire NB a également annoncé une autre légère augmentation des cotisations pour 2018, ce qui représenterait un taux de cotisation moyen de 1,70$ par tranche de 100$ des salaires cotisables. Ce chiffre est tout de même considérablement inférieur au taux de cotisation moyen de 2,25$ versé en 1992. Entre temps, le coût de la vie ne cesse d’augmenter.

Je peux comprendre que le monde des affaires s’est habitué à cette approche déséquilibrée, mais il est maintenant temps que ça change. Cela étant dit, il est important de rétablir l’équilibre de façon prévisible afin que les employeurs puissent planifier leurs coûts à long terme.

J’avoue que je suis déçu que Travail sécuritaire NB a récemment cédé aux pressions exercées par les employeurs. Quoique l’organisme ait déclaré qu’il lui fallait un taux de cotisation moyen de 1,93$ pour maintenir le système actuel, il a choisi de seulement augmenter le taux à 1,70$. À peine cette augmentation va-t-elle être capable d’assurer le fonctionnement du système en plus d’être caractérisée par des compressions au niveau de l’administration. Avec ces compressions, y aura-t-il suffisamment de personnel chez Travail sécuritaire NB pour traiter les réclamations de façon opportune? Le temps d’attente relié aux prestations des travailleurs accidentés sera-t-il prolongé?

Puisque la plupart des discussions dernièrement sont axées sur le maintien de faibles cotisations, nous ne traitons pas de la question visant à rétablir les prestations versées aux travailleurs au même niveau qu’en 1992. Si les taux de cotisation étaient augmentés au même niveau qu’en 1992, nous pourrions éliminer la période d’attente de trois jours sans rémunération qui est imposée aux travailleurs accidentés. D’ailleurs, la majorité des provinces canadiennes ont déjà éliminé ladite période d’attente; le Nouveau-Brunswick traîne la patte à cet égard.

L’augmentation des taux de cotisation pourrait avoir des retombées positives, telle la diminution du nombre d’accidents du travail. Un effet secondaire des faibles taux de cotisation est que les entreprises ont très peu d’incitatifs à investir dans des mesures préventives, dont certaines pourraient s’avérer coûteuses. Lorsqu’une entreprise effectue une évaluation des coûts et des risques et que les coûts associés au risque sont moins élevés que ce qu’il en coûterait pour régler le problème, il est dans leur intérêt de choisir l’option la moins coûteuse. Cette situation doit changer. Les entreprises doivent commencer à agir de façon proactive afin de limiter les blessures au lieu de les percevoir comme le coût à payer pour faire des affaires.

Pour revenir à ma prémisse, contrairement à ce que prétend le lobby des affaires, le ciel n’est pas en train de nous tomber sur la tête et il est peu probable qu’une augmentation des taux de cotisation de Travail sécuritaire NB engendre des mises en disponibilité ou des fermetures d’entreprises.

Tout comme l’histoire du garçon qui criait au loup, si vous criez au loup trop souvent, nous cesserons de vous croire!

Patrick Colford (Moncton)
Président, Fédération des travailleurs et travailleuses du Nouveau-Brunswick