Se hisser au pouvoir à coup de milliards et de mensonges?

Dans son livre Ça s’est passé comme ça, Hillary Clinton, candidate démocrate aux dernières élections présidentielles, nous fait voir sa vie comme mère, comme grand-mère, comme épouse qui, malgré les infidélités d’un mari, décide quand même de cheminer à ses côtés. Elle nous présente la femme engagée qu’elle est depuis son adolescence alors qu’elle était étudiante à Wellesley et Harvard où elle a entrepris des études de droit.

Sa vie, elle l’a passée à défendre les enfants, les familles, le droit des femmes dans un pays qui se vante d’être le plus riche du monde, le pays des libertés et de la démocratie, mais où, en certains milieux, on se croirait dans le Tiers-Monde. Elle a fait l’admiration des grands de ce monde dans sa fonction de secrétaire d’État, un des postes les plus influents de l’État américain.

Elle admet avoir été dévastée par sa défaite aux élections de 2016 où elle a remporté le vote populaire par plus de trois millions de votes. Mais une des absurdités de la démocratie américaine, c’est qu’on vote pour de grands électeurs qui, eux, décident du prochain dirigeant ou de la prochaine dirigeante du pays.

Après un tel bouleversement, elle serait restée nichée sur son divan, dans la position fœtale, à lécher ses plaies et à s’isoler de tous ces médias qui n’ont eu de cesse d’analyser à satiété tous les éléments, tous les iotas, toutes les raisons, tous les manquements à sa défaite et pour expliquer la victoire d’un Donald avec tout ce que cela représente d’incohérence. Et, Dieu sait s’il y en a eu et qu’il y en aura encore. Une élection américaine, c’est une grosse machine qui bulldoze tout sur son passage. C’est à coup de milliards et de mensonges qu’on les remporte. On peut défaire des réputations impunément au nom de la libre expression. C’est à ce prix qu’on se hisse vers les hauteurs dans ce pays qui se vante d’être le plus démocratique du monde.

On peut dire bien des choses d’Hillary Clinton, mais elle n’est surtout pas perdante. C’est ce qui l’amènera à surmonter cette expérience foudroyante et à se remettre sur pieds pour transcender des intérêts personnels et se porter à la défense des intérêts de la nation. Valeurs qui pourraient être sérieusement menacées si on ne trouve pas les moyens de mettre fin à l’ingérence russe laquelle a pour but d’influencer la pensée américaine en s’attaquant aux institutions démocratiques, en créant des divisions basées sur la race et la religion et en créant une peur morbide de l’étranger et de la différence. Il s’agit de cyberattaque et de cyberpropagande. Et, si la nation américaine pouvait se refermer sur elle-même, peut-être que la Russie pourrait, en retour, redevenir la puissance qu’elle a été et reconstituer son empire.

Dans son livre, Hillary Clinton s’attarde peu sur son sort. Elle tente de démontrer jusqu’à quel point l’élection de 2016 a été une guerre de la droite américaine contre la vérité. Comment, par le populisme, on a dit aux gens ce qu’ils voulaient entendre faisant appel aux plus bas instincts: le racisme, la misogynie, la xénophobie et le sexisme. Quand l’économie bat de l’aile, les boucs émissaires deviennent des commodités intéressantes. On normalise le mensonge et la corruption. On attise la colère. On incite à la violence. On ravive les tensions raciales.

Le livre d’Hillary Clinton est passionnant et de lecture abordable. Il amène le lecteur à poser les questions fondamentales sur l’état de la politique, de la démocratie, de la corruption, des moyens de s’accaparer du pouvoir: démagogie, mensonge, fausses promesses. On fait miroiter l’idée de «l’American Dream» dans un monde où les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.

Hillary Clinton avait longtemps pensé que ce qu’il fallait, c’était «une nouvelle politique du sens, une nouvelle éthique de la responsabilité individuelle et du souci de l’autre». Cela allait-il être possible dans un pays atteint «d’une tumeur à l’âme»? C’en était peut-être trop pour une société dont la finalité est d’amasser plus de fortune, de pouvoir et de prestige.

Hector J. Cormier
Moncton